Hors-série « L'amitié »
Les encyclopédistes: amitiés et inimitiés
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Cet article est issu du Hors-série n°N° 50 de Philosophie magazine « L’amitié. Ce que nous avons de meilleur ? », en kiosque le 29 juillet 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Récit – D'abord rassemblés autour du projet encyclopédique, Diderot, D'Alembert, Voltaire et Rousseau nouent de fructueuses amitiés intellectuelles. Mais, de désaccord en controverse, la rupture finira par être irrévocablement consommée.
Salons
Les salons littéraires sont par excellence les lieux où se nouent les amitiés philosophiques tout au long du siècle des Lumières. Les femmes de la haute société jouent en ce sens un rôle essentiel. Après leur rencontre au début des années 1740, Rousseau et Diderot se recroisent souvent chez Madame Dupin. Aux célèbres fêtes de Sceaux organisées par la duchesse du Maine, et fréquentées assidûment par Voltaire, Diderot fait aussi la connaissance de D’Alembert en 1746. Celui-ci connaît Rousseau, et rencontre Voltaire la même année, nouant avec lui une amitié durable. Les quatre figures de proue des Lumières fréquentent en somme souvent les mêmes cercles – même si elles ne s’y croisent pas nécessairement au même moment (Voltaire et Rousseau se rencontreront ainsi une seule fois).
Encyclopédie
Au-delà de ce milieu, c’est autour d’un projet commun que se nouent – et se déferont – ces amitiés : l’Encyclopédie, que Diderot et D’Alembert commencent à diriger conjointement en 1747, un an après leur rencontre. Voltaire est invité à contribuer. Rousseau aussi, à partir de 1749. Diderot est emprisonné à Vincennes en raison des positions matérialistes, voire athées, qu’il défend dans sa Lettre sur les aveugles. Rousseau, déiste, ne partage pas les positions de Diderot. Leurs différences les rapprochent pourtant, et c’est certainement son ami qui incite Rousseau à sortir des sentiers battus, à penser contre l’évidence. Il en tirera une thèse profondément polémique : la société, la civilisation, le raffinement de la culture, le luxe éloignent l’homme de sa bonté naturelle.