Colombie / Survie

Les enfants de Colombie, sauvés par la nature ?

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Jungle de Solano, État de Caquetá (Colombie), le 9 juin 2023. Du personnel militaire et des Indigènes s’occupent des quatre enfants disparus après un accident d’avion mortel pour tous les adultes embarqués avec eux

Jungle de Solano, État de Caquetá (Colombie), le 9 juin 2023. Du personnel militaire et des Indigènes s’occupent des quatre enfants disparus après un accident d’avion mortel pour tous les adultes embarqués avec eux. © Service de presse des Forces armées colombiennes via AP/SIPA

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Cet article est issu du numéro 171 de Philosophie magazine « La chance, est-ce que ça existe ? », en kiosque le 06 juillet 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Des enfants ont été retrouvés après quarante jours d’errance dans la forêt amazonienne. Ils délivrent une leçon inédite sur la traversée collective de la vie sauvage.

 

« Maman est morte », « j’ai faim » ont été les premiers mots qu’ils ont adressés aux militaires venus les délivrer de leur calvaire. Ils sont quatre, tous mineurs, et ils ont passé quarante jours dans la forêt amazonienne de Colombie après avoir miraculeusement échappé à la mort dans le crash d’un petit avion qui les transportait depuis un village de la communauté indigène Uitoto. Lesly a 13 ans, Soleiny 9 ans, Tien Noriel 5 ans et Cristin 1 an. Ils ont le visage émacié, leur corps est couvert de piqûres de moustiques, ils ont affronté la soif et la faim, la pluie tropicale et la menace des bêtes sauvages, mais ils ont survécu. Les trois adultes qui les accompagnaient dans l’avion sont tous morts, y compris leur mère, qui avait pourtant survécu à l’accident. Les premiers jours, ils ont bu de l’eau de pluie et mangé de la farine de manioc trouvée dans la carlingue de l’avion. Ensuite, ils ont utilisé leur connaissance des fruits de la forêt tropicale. « Dès tout petits, les jeunes savent différencier les fruits et les choses à ne pas toucher, et ils ont une large connaissance visuelle des éléments qui sont dangereux. Ils savent reconnaître ce qui est comestible dès l’âge de 3-4 ans », explique un anthropologue. Mais ce qui fascine le plus est d’avoir réussi à maintenir en vie un nourrisson… De Romulus et Rémus à Victor de l’Aveyron, porté à l’écran par François Truffaut, la figure de l’enfant sauvage, revenant à la vie civilisée après un séjour dans la forêt, n’a cessé de fasciner. Selon Lucienne Strivay, autrice d’Enfants sauvages. Approches anthropologiques (Gallimard, 2006), nous cherchons à travers eux « la voie des origines ». Comment avons-nous émergé sur fond d’animalité ? À quoi ressemblait la vie sauvage dans l’état de nature ? Dans la Modernité, où les histoires vraies supplantent les récits mythiques, on attend de leur témoignage « un aveu sur la nature humaine ». Cette attente est redoublée dans le cas de l’errance de quarante jours dans la jungle des enfants colombiens. Car ces quatre-là ont plongé ensemble dans la vie sauvage, et c’est probablement ce qui les a sauvés. Et qui pose aussi cette question : qu’est-ce que l’expérience collective de la vie sauvage ? Voilà l’une des nouvelles questions que nous pourrons dorénavant poser à l’enfant sauvage. N’incarne-t-il pas la possibilité d’une coopération antérieure à toute forme d’éducation et de civilisation ? Mais à cet égard, comme le remarque Strivay, tous les enfants sont un peu sauvages.

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