Les limites de la liberté sexuelle

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Cet article est issu du numéro 7 de Philosophie magazine « 7 - mars 2007 », en kiosque le 22 février 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La révolution sexuelle avait promis de supprimer tous les interdits. Mais les émois soulevés par les affaires de censure, de pédophilie ou de sadomasochisme ont aboli cette idée de liberté absolue. L’enjeu est de parvenir à penser des normes valables pour tous, en préservant une authentique démocratie sexuelle.

Le 9 mai dernier, la cour d’appel de Francfort, en Allemagne, mettait fin à la médiatique affaire sadomasochiste du « cannibale de Rotenburg », Armin Meiwes, jugé pour avoir tué et mangé avec son consentement son partenaire sexuel. Après avoir obtenu d’un premier jugement que la responsabilité du crime soit partagée par la victime consentante (il avait été condamné à huit ans et demi de prison), le jugement en appel revenait sur le « bémol » apporté par l’accord et le désir masochiste de la victime et condamnait Meiwes à la prison à vie pour meurtre. En septembre, le provocant ministre grec de l’Économie et des Finances, Giorgos Alogoskoufis, proposait de gonfler de près de 25 % le produit intérieur brut (PIB) de son pays en y intégrant les chiffres de l’économie souterraine, entre autres ceux des « activités illégales » comme la prostitution. En France, le 15 novembre, après qu’une association de protection de l’enfance (La Mouette) a porté plainte en se constituant partie civile, un directeur de musée est mis en examen pour le contenu de l’exposition « Présumés innocents. L’art contemporain et l’enfance », organisée, en 2000, au Centre d’arts plastiques contemporain (CAPC) de Bordeaux. Un directeur de musée et deux commissaires d’exposition sont poursuivis pour « diffusion de messages violents à caractère pornographique et contraires à la dignité accessibles à un mineur » et « diffusion de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique ». Poursuivis pour diffusion de créations d’artistes, dont une grande partie sont aujourd’hui exposées dans les musées du monde entier.

Le sexe est au cœur d’enjeux politiques, économiques, juridiques et moraux, et ne peut être renvoyé à la seule vie privée. Reste à savoir s’il est possible, en la matière, d’établir des normes générales susceptibles de satisfaire notre double exigence de démocratie et de libéralisme des mœurs. Car on a assisté, tout au long de la seconde moitié du XXe siècle, à un processus de « libération sexuelle ». Si jusque-là les comportements et les normes juridiques en matière de sexe étaient fixés selon des valeurs religieuses ou morales (jusqu’en 1975, le code civil faisait de l’adultère de la femme un délit), une révolution a eu lieu : non pas que les normes aient disparu, comme certains ont pu le rêver, mais elles se sont déplacées. La législation sexuelle n’a jamais été plus florissante qu’aujourd’hui. Ce que certains appellent le « paradoxe de la libération sexuelle » montre bien que s’il y a eu démocratisation sexuelle de nos sociétés (sortie du terrain pénal de l’adultère et de l’homosexualité, acceptation sociale des sexualités minoritaires, etc.), celle-ci s’est accompagnée d’un mouvement de criminalisation croissante de la sexualité. Harcèlement, sadomasochisme, pornographie, exhibition sexuelle, la loi est de plus en plus stricte. Alors quel type de justification a-t-on substitué aux valeurs morales transcendantes pour définir les nouvelles normes sexuelles ?

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