Dossier / “Comment trouver le bon rythme ?”

Les maîtres du temps

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Les maîtres du temps

Yohann Diniz © Guillaume Landry/Neutral Grey/saif images

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Cet article est issu du numéro 183 de Philosophie magazine « Comment trouver le bon rythme ? », en kiosque le 26 septembre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment s’affranchir des impératifs imposés par la société et accéder à une liberté créatrice ? Sportif, urbaniste, autrice et artistes, nos cinq interlocuteurs livrent ici leurs secrets.

 

Yohann Diniz : “La discipline permet de trouver l’équilibre entre amplitude et vélocité”

Champion du monde de marche athlétique, le sportif récemment retraité s’est efforcé de parvenir au geste parfait, grâce à la répétition et à une forme d’ascèse. 

© Guillaume Landry/Neutral Grey/saif ImagesYohann Diniz. © Guillaume Landry/Neutral Grey/saif images.

Pendant dix-sept ans, tous les matins, week-end compris, son réveil a sonné pour son entraînement de 8h30. Et tous les jours, le programme de la matinée a reproduit celui de la veille : chalouper, tel la tige d’un métronome réglé sur presto, une jambe devant l’autre, en gardant toujours un contact avec le sol. Si les deux pieds sont à terre, il s’arrête, donc il perd ; si les deux pieds sont en l’air, il court, donc il triche. L’après-midi est dédiée à la récupération et au renforcement : étirements, ostéo, muscu. Un coup vélo, un coup natation.

Une régularité implacable, dans la gestion de sa vie comme dans la coordination de ses membres : voilà comment Yohann Diniz est devenu champion du monde de marche athlétique. Mais le « meilleur souvenir » de sa vie de sportif remonte aux championnats d’Europe de Zurich, en 2014, où, en plus de s’octroyer le titre, il bat le record du monde de la discipline en bouclant 50 kilomètres en 3 heures 32 minutes et 3 secondes. Quand il s’inscrit en club, à 26 ans, Yohann Diniz sait la vie monacale qui l’attend. Le maître nageur de sa ville, un passionné de marche athlétique qui a contribué à sa vocation, ne l’a pas trompé : « Tous les jours, je le voyais marcher dans ma ville, à côté d’Épernay. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, par tous les temps, 365 jours sur 365. » La répétition sera à la fois la clé du succès de Yohann Diniz et son combat de tous les instants : « Des heures d’entraînement pour trouver le geste optimal, c’est usant, d’autant qu’on se sent seul. » Toute cette discipline pour trouver le rythme, soit « cet équilibre entre amplitude et vélocité » : « Le pas doit être grand, sans compromettre la vitesse, coordonné avec les bras, qui sont le moteur de l’engrenage, donnent le rythme et la vitesse. »

« La marche a le plus de valeur en tant que gymnastique de l’esprit », écrit le philosophe Ralph Waldo Emerson. Le but, pour l’esprit, c’est d’arriver à s’abandonner, à se laisser hypnotiser par l’ostinato d’une foulée mécanique. Mais à tout moment, l’esprit revient à lui, s’extrait de cette enveloppe de torpeur. Le risque alors, c’est l’obsession : « Pendant quatre heures de course, il faut faire barrage aux émotions. Ne laisser entrer aucun parasite extérieur, aucun élément de la course ou du public, enrayer la machine. Faire le vide »... et le garder ! Si donc la répétition peut sembler intenable, une distraction n’est jamais une aubaine mais toujours une dispersion, un déséquilibre. Il faut chercher la répétition, malgré la répétition. Comme le réalisateur d’un film d’auteur qui doit donner de l’entrain à un scénario sans intrigue, l’athlète doit insérer du rythme, de l’allant et du désir dans une ritournelle : « J’ai besoin de deux ou trois repères, sur le circuit : un regard, une consigne de mon entraîneur. » Le marcheur est donc cet architecte du temps : sur une frise répétitive, il crée des balises, délimite des séquences, qui aideront à faire couler le chronomètre.

À quoi ressemble la vie d’un champion, quand on a rangé ses baskets au grenier ? Yohann Diniz a pris sa retraite. À 46 ans, il travaille avec Decathlon, partenaire des jeux Olympiques. « Depuis que je travaille pour les JO, on va dire que j’ai un objectif hebdomadaire. Avant, c’était deux ou trois par an : les championnats du monde, d’Europe et les Jeux. » De quoi être déstabilisé. Vivre au gré d’échéances courtes, qui pointent et disparaissent, quand on a eu l’habitude d’une quête souveraine et sans fin, c’est toute une gymnastique. Mais trouver le rythme, le marcheur athlétique a fait ça toute sa vie !

Par Athénaïs Gagey

Fanny Herrero : “Je marche et j’improvise, comme si je jouais le personnage”

Autrice de la série Dix pour cent et coscénariste de la cérémonie d’ouverture des jeux Olympiques, elle a trouvé le secret pour maintenir l’attention et ménager des surprises pour le spectateur. 

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