L’œil et l’esprit

Les mystères de la ressemblance

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Cet article est issu du numéro 26 de Philosophie magazine « 26 - février 2009 », en kiosque le 29 janvier 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Selon le philosophe Alain, un portrait ne se contente pas d’imiter scrupuleusement les apparences : grâce à une mise en scène cérémonieuse et aux mille nuances de la pâte colorée, il parvient à capter l’expression intime du modèle, reflet stable de sa vie intérieure.

Alain et Van Dyck

Un excellent portrait tient du miracle : on peut fort bien n’avoir jamais vu le modèle, ignorer jusqu’à son identité, cela ne nous empêche pas de trouver le tableau ressemblant. Nul ne sait qui est au juste la grande dame avec sa fille qu’a représentée Van Dyck vers 1632. Et pourtant, en contemplant son imposant portrait en pied accroché dans une salle du Louvre, nous avons l’impression que c’est bien elle. Sa peau lumineuse, son air avenant, son fin sourire ont soudain quelque chose de familier, presque d’intime, n’était le décorum de la pose.

Dans le Système des Beaux-Arts qu’il publie en 1920, au livre VIII, « De la peinture », le philosophe Alain analyse l’étonnant pouvoir des grands portraits. Il commence par dissiper un préjugé tenace : la peinture n’a pas pour fin d’imiter exactement les apparences comme le ferait un trompe-l’œil. Elle capte, il est vrai, des apparences fugitives, mais c’est pour leur ôter leur inconsistance en façonnant grâce à elles un objet plus substantiel. Pour cela, à la différence du dessin, fondé sur le trait, elle use de la couleur, avec laquelle elle fait naître les formes. La pâte colorée, riche et profonde, lui permet de traduire directement le sentiment.

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