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Les passions négatives de l'égalité
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Cet article est issu du numéro 60 de Philosophie magazine « 60 - juin 2012 », en kiosque le 28 juin 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Souvent méprisés par les philosophes, l’humiliation et le ressentiment constituent pourtant un moteur de l’humanité… et peut-être même de la démocratie. Deux livres – Humiliation et Le Ressentiment, passion sociale – creusent ces sentiments honteux qui travaillent notre époque.
Humilier notre semblable a plutôt mauvaise réputation. Pourtant, la « grande » philosophie moderne accorde à l’humiliation bien des vertus. Kant la considérait comme la condition même de la loi morale, puisque, telle la découverte de Galilée sur le système solaire, elle remet en cause notre propre importance. Nietzsche s’élève contre ce verdict, prescrivant d’éliminer l’humiliation avec les humiliés : les pauvres, les faibles, les ratés, etc. Et Hegel a le fin mot : l’esclavage est une chose abominable, mais c’est à lui, donc à l’humiliation, que nous devons tout ce que nous sommes à titre d’hommes et non de simples animaux : travail, éducation, technique, culture, etc. Le péché originel remonte peut-être à Platon : lui qui fouettait ses esclaves maximise sa seconde nature d’aristocrate en concevant sa République telle une gigantesque écurie réglée dans ses moindres détails. Un philosophe serait-il quelqu’un qui n’a jamais été humilié, ou si peu, mais qui aime humilier ? C’est seulement dans la poésie que la parole des humiliés s’entend : avec Baudelaire, la poésie est désormais assomption héroïque de ce que la Société trouve abject et réprouvable.