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Les signes d’une bonne entente
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Cet article est issu du numéro 3 de Philosophie magazine « 3 - août/sept. 2006 », en kiosque le 27 juillet 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Quand il n’y parvient pas à l’oral, Frédéric Bossier s’adresse en langage des signes à ses élèves malentendants. Une situation particulière, dans laquelle ce professeur de philosophie ne craint pas d’évoquer la problématique du handicap.
Ils sont six dans cette classe d’intégration du lycée Rodin (Paris XIVe), six élèves malentendants à suivre un enseignement comme tout le monde. Si pendant un siècle, en France, le langage des signes a été interdit après le congrès de Milan de 1880, l’accès à l’éducation a été et reste majeur pour l’intégration des handicapés. Frédéric Brossier, leur professeur de philosophie, considère cette discipline comme un moyen d’apporter à ses élèves une autonomie qui leur est souvent refusée. La philosophie leur pose problème, mais elle leur permet parfois de formuler leurs inquiétudes et elle les aide à devenir adultes.
« La philosophie affine et enrichit le sens des mots. Mes élèves ont appris des signes arbitraires et, parfois, peinent à saisir les concepts. »
Ce jour-là, le professeur de philosophie aborde un sujet sensible : « Quel terme qualifie un enfant qui a une anomalie ? » « Handicapé », murmure Paul, 17 ans. Le mot est lâché. Les six élèves, assis côte à côte, fixent silencieusement leur table. « Ce mot “handicapé” me gêne, répond le professeur. Expliquons-le. » Définir chaque mot est le rôle de Frédéric Brossier, formé aux sciences du langage. Les mots sont trop souvent univoques pour ces élèves. « La philosophie affine et enrichit souvent le sens des mots. Ils ont appris des signes arbitraires et, parfois, ils peinent à saisir les concepts abstraits de la philosophie », précise-t-il. C’est aussi un défi, car il revendique la polyvalence des langages codés, signés et labiaux pour « trouver un canal de communication avec ces élèves ». Ainsi, il parle tantôt lentement pour que chacun puisse lire sur ses lèvres, tantôt en langage signé pour l’un d’entre eux. Des précautions qu’il préfère doubler d’un choix pédagogique assez déroutant : « J’aborde des sujets en philo qui les touchent même si tirer le débat vers le concret n’est pas toujours pertinent. »