Théologie / Vatican

Les sources idéologiques du pape François

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Les sources idéologiques du pape François

Le Pape François le 18 mars 2013 (cc) Casa Rosada / Wikimedia commons

Cet article est issu du numéro 70 de Philosophie magazine « 70 - juin 2013 », en kiosque le 30 mai 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

À la fois réformateur et conservateur, le nouveau souverain pontife argentin surmonte ses contradictions grâce à une version non marxiste de la théologie de la libération, née en Amérique latine.

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Difficile, à première vue, de définir le profil idéologique du nouveau pape. D’un côté, son engagement pour les pauvres et sa volonté de faire sortir le christianisme hors des enceintes des églises le rapprochent des réformateurs. Lors de son homélie du 1er mai, il dénonçait le « travail esclave ». Quelques jours plus tôt, il avait levé les obstacles à la béatification d’Óscar Romero, prêtre salvadorien assassiné en 1980 par l’extrême droite et considéré comme un symbole par la gauche latino-américaine. De l’autre, l’héritier de Pierre semble strict sur les questions de mœurs. Il a récemment réclamé « une garantie juridique de l’embryon » humain « depuis le premier instant de son existence ». Dans le sillage de Dostoïevski et de Bloy, il évoque volontiers la figure du diable. Hésitations ? Incohérence ? Une réponse qui ne soit pas trop jésuitique peut être découverte dans un courant mal connu, la théologie argentine du peuple. Ce terme désigne une sensibilité de la théologie de la libération, mouvement latino-américain qui, à la fin des années 1960, choisit de faire des pauvres les acteurs de leur émancipation en mêlant christianisme et marxisme. Il est plutôt mal vu du Vatican, qui craint que la politisation de l’Évangile ne chasse plus de fidèles qu’elle n’en attire. Mais sa version non marxiste est peut-être en passe de triompher.

Nous avons interrogé à ce propos un philosophe proche du pape, le père jésuite argentin Juan Carlos Scannone. Il connaît bien l’évêque de Rome – il lui a enseigné le grec à la fin des années 1950. Ses travaux ont sans doute influencé la manière de voir du futur pape François. Si Scannone affirme que « l’option préférentielle pour les pauvres » représente un dénominateur commun des diverses écoles de la théologie de la libération, sa version argentine « n’utilise pas la méthode socio-analytique marxiste ni les catégories marxistes comme la lutte des classes ». Au lieu d’importer dans la réalité sociale des concepts forgés par le marxisme, les théoriciens de ce courant cherchent à montrer que la culture populaire renferme en elle une dimension à la fois émancipatrice et religieuse. « En Amérique latine, ce sont les pauvres et les exclus qui ont le mieux conservé la culture commune », poursuit Scannone. Il est donc légitime, de lutter, mais « de manière non violente », contre « l’anti-peuple », c’est-à-dire « ceux qui, appartenant au peuple-nation, le trahissent en exerçant l’injustice » – en clair, les élites. Le « potentiel libérateur de la piété populaire » doit être reconnu sans pour autant se fondre dans la langue du Capital. Si le nouveau pape prétend généraliser cette théorie, le pari de son pontificat sera d’y faire adhérer les masses appauvries victimes de la mondialisation, en Amérique latine et ailleurs.