Les vices du milieu

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Les vices du milieu

Le personnage de Li Tieguai (Tiěguǎi Lǐ), l’un des huit immortels du taoïsme. © Indianapolis Museum of Art, don de Rosemarie et Leighton Longhi/Bridgeman Images

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Cet article est issu du Hors-série n°67 de Philosophie magazine « Petit traité des vices à l’usage des honnêtes gens », en kiosque le 20 novembre 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dans la culture chinoise, qui ne connaît ni le tragique grec ni le péché originel chrétien, le vice est nettement moins diabolisé qu’en Occident. Mais, comme l’explique Alexis Lavis, la pensée chinoise propose plusieurs voies pour éviter la bassesse et l’avidité.

 

Si la question des vices est évidemment considérée dans la culture chinoise, ça n’est pas avec la même gravité qu’en Occident. La raison est simple : la Chine n’est pas chrétienne, elle ne fait donc porter à l’homme aucune faute originelle. Sa nature n’est pas a priori souillée et on considère le plus souvent qu’elle est même plutôt bonne au départ. Le vice se présente plus comme un accident de parcours que comme une détermination congénitale du caractère. Le vicieux est un tordu, ce qui suppose bien une droiture initiale. La Chine n’est pas grecque non plus et n’a pas pour cela le sens du tragique : le mal moral n’y prend pas des proportions colossales aux conséquences d’autant plus infinies que le crime est imprescriptible. En contexte chinois, les vices ont un côté plus modeste. Si l’on n’en fait pas les sujets de traités de morale ni d’œuvres littéraires, c’est sans doute parce que le vice relève du médiocre et jamais du grandiose.

Un tel constat vaut assurément pour le confucianisme. Ainsi, l’homme de bien (junzi) fait l’objet d’une description morale abondante et précise alors que l’homme de peu (xiaoren) reste une ombre à peine décrite, sinon sous les traits du « pauvre type ». Confucius était éducateur et, en bon pédagogue, il devait préférer les modèles positifs aux repoussoirs, si bien que le vice comme tel ne devient jamais important. La voie confucéenne est progressive, cependant ce progrès n’est pas compris comme passage du vice à la vertu mais de la vertu innocente ou naturelle (enfantine) à la vertu mature et culturelle (adulte). Le vice résulte donc, pour Confucius et ses suiveurs – hormis Xun Zi qu’on abordera plus tard –, bien plus d’un défaut d’éducation que d’une mauvaise nature. Mencius compare ainsi les tares morales aux troncs tordus et aux fruits acides des arbres dont on a mal pris soin.

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