Dossier/Peut-on changer de logique ?

Chantal Jaquet. S’affranchir de l’emprise du milieu

Temps de lecture : 3 min

Chantal Jaquet. S’affranchir de l’emprise du milieu

© Daniel Fouray/Ouest France / Maxppp

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 153 de Philosophie magazine « Peut-on changer de logique ? », en kiosque le 23 septembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Passer d’un milieu socio-culturel à un autre oblige à changer radicalement de manières d’être. Chantal Jaquet, qui a connu ce type de parcours, s’est intéressée aux difficultés que rencontrent les transclasses.

 

Quelles sont les difficultés à vaincre pour quelqu’un qui change de milieu social ?

Chantal Jaquet : Dans un pays comme la France, avec une histoire ancienne marquée par des régimes de cour et d’étiquette, les marqueurs sociaux sont très affirmés. Les règles de bienséance restent fortes, les codes vestimentaires aussi. Un accent de banlieue sera l’occasion de discrimination sociale, un accent du Sud suscitera des remarques légèrement condescendantes sur les intonations chantantes du Midi. En Amérique du Nord, société d’histoire plus récente et terre de mélanges, ces barrières sont peut-être moins présentes. En tout cas, le changement de classe sociale ne suppose pas seulement de bons résultats scolaires ou professionnels, il repose sur l’adoption de certains comportements, de façons de penser et d’agir qui sont le produit de ce que Pierre Bourdieu appelle un habitus. Il se présente comme un système incorporé de dispositions acquises et durables suite au conditionnement lié à la classe sociale. Il est générateur de représentations et de pratiques comme les manières de se tenir, de poser sa voix, de réagir et de s’exprimer, autant de codes qui permettent la reproduction sociale et qui, si on ne les maîtrise pas, vous signalent comme un intrus. 

Cet article est réservé aux abonnés