Livres
Le fabuleux destin d’un transfuge de classe devenu universitaire
© Presses universitaires de France
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Jamais personne ne vient de nulle part, sauf si ce nulle part fait l’objet d’un rejet viscéral, conscient ou non. Car ce « nulle part » reste un espace social dont on ne se défait jamais vraiment. Le sociologue Pierre Bourdieu parlait des « habitus clivés » dans ses livres, dont Esquisse pour une auto-analyse (2004), où il revenait sur son propre parcours (fils d’un facteur du Béarn devenu professeur au Collège de France). Dans Sans classe ni place (PUF, 2022), Norbert Alter revient lui aussi sur son itinéraire personnel, emblématique de ce que Chantal Jacquet nomme la condition « transclasses ».
Un double nommé “Pierre”
Ce n’est peut-être pas par hasard que le « personnage » du livre de Norbert Alter, Sans classe ni place. L’improbable histoire d’un garçon venu de nulle part, son double en réalité, s’appelle Pierre. Lui aussi – à l’instar de Pierre Bourdieu – sociologue et professeur des universités, passé par Paris-Dauphine ou Sciences Po, Norbert Alter a cherché en Pierre une sorte de médiateur qui « l’aide à élucider et à dire ce que le “je” ne permet pas, à dire d’où [il vient] », afin de saisir le sens de son parcours de transclasses.
Tracer sa trajectoire : c’est à cet horizon intime, inscrivant une épopée individuelle dans le cadre général de la société des cinquante dernières années, que se tient l’auteur dans ce récit habité. Une trajectoire qui s’ancre dans l’expérience enfantine de la grande pauvreté. « Pierre aurait dû vivre dans la misère et aller en prison, mais il a finalement échappé à son destin social, à ce que les sociologues nomment la reproduction », écrit Norbert Alter, dont le nom même résonne comme une promesse d’altérité, c’est à dire d’une rencontre avec un au-delà de lui-même.