L’espion qui revenait du froid

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Un espion aurait intégré les plus hautes sphères du gouvernement russe, avant d’en être expulsé. Le philosophe Peter Szendy analyse le lien qui unit l'espion et la “taupe”.

La CIA (Central Intelligence Agency) aurait eu une « taupe » dans l’entourage de Vladimir Poutine, selon une information révélée lundi par CNN et le New York Times. Des années avant que le président russe soit élu, les services secrets auraient embauché un agent, qui a rapidement gagné des rangs dans le gouvernement, jusqu’au plus haut niveau du Kremlin.

Selon CNN, cette source a été exfiltrée en 2017 après que le gouvernement américain et Donald Trump auraient dévoilé publiquement des renseignements classifiés, au risque de mettre en danger cet informateur. Son départ prive les États-Unis d’une source de premier choix.

Cependant, La CIA a d'abord eu des doutes sur la fiabilité de leur espion, craignant qu’il ne soit un agent double, ayant refusé une première offre d’exfiltration. Comme le rappelle Peter Szendy dans son Esthétique de l’espionnage (Éditions de Minuit, 2007), la paranoïa est un motif du renseignement : « l’espion et l’espionnage, notamment à travers la figure de l’agent double, ne cessent de susciter la doublure, la duplicité et la duplication ». Selon le philosophe, mélomane et musicologue, il existe une « affinité structurelle entre l’écoute et l’espionnage », où chacun des surveillants craint à tout moment d’être surveillé.

Selon le philosophe, « à la fois surveillant et surveillé, chacun tend l’oreille et se sait sur écoute. Pas étonnant que le mot “taupe” soit devenue synonyme d’espion. Le Terrier, un court récit de Kafka, écrit en 1923, illustre cette crainte de l’espion. La taupe y est d’autant plus paranoïaque qu’elle est myope et que sa sécurité dépend d’un organe éminemment nocturne : l’ouïe. Pour évaluer lucidement la menace, elle doit sortir de sa tanière et accéder à la lumière du visible, se manifester. En voulant surveiller, la taupe risque donc d’être entendue et repérée. » Se démasquer par peur de l‘être : le paradoxe de la taupe.