Lettre d'amour

Lettre d'amour : Denis Diderot à Sophie Volland

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Cet article est issu du Hors-série n°61 de Philosophie magazine « L’amour au XXIe siècle », en kiosque le 20 juin 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

C’est en 1755 que Diderot rencontre, par l’entremise de Rousseau, Louise Henriette Volland. Ébloui par son intelligence, le philosophe la rebaptise « Sophie » (sagesse, en grec). Leur liaison clandestine dure jusqu’à la mort de l’adorée. « Celui qui est amant n’est que cela. Tant pis pour la probité et pour la vertu, si l’amour s’y oppose », écrira Diderot.

À Sophie Volland, le 1er novembre 1759

« J’ai vu toute la sagesse des nations, et j’ai pensé qu’elle ne valait pas la douce folie que m’inspirait mon amie. J’ai entendu leurs discours sublimes, et j’ai pensé qu’une parole de la bouche de mon amie porterait dans mon âme une émotion qu’ils ne me donnaient pas. Ils me peignaient la vertu, et leurs images m’échauffaient ; mais j’aurais encore mieux aimé voir mon amie, la regarder en silence, et verser une larme que sa main aurait essuyée ou que ses lèvres auraient recueillie. Ils cherchaient à me décrier la volupté et son ivresse, parce qu’elle est passagère et trompeuse ; et je brûlais de la trouver entre les bras de mon amie, parce qu’elle s’y renouvelle quand il lui plaît, et que son cœur est droit, et que ses caresses sont vraies. Ils me disaient : tu vieilliras ; et je répondais en moi-même : ses ans passeront avec les miens. Vous mourrez tous deux ; et j’ajoutais : si mon amie meurt avant moi, je la pleurerai, et serai heureux la pleurant. Elle fait mon bonheur aujourd’hui ; demain elle fera mon bonheur, et après-demain, et après-demain encore, et toujours, parce qu’elle ne changera point, parce que les dieux lui ont donné le bon esprit, la ­droiture, la sensibilité, la franchise, la vertu, la vérité qui ne change point. »

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