Exposition
L’heure Greuze
À g. : Jean-Baptiste Greuze, “Jeune Berger tenant un pissenlit”, 1761. Huile sur toile, 72,5×59,5 cm. Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris. © CCØ Paris Musées/Petit Palais. À dr. : Jean-Baptiste Greuze, “Jeune Bergère effeuillant une marguerite”, dit “La Simplicité”, 1759. Huile sur toile, 71,1×59,7 cm. Fort Worth, Kimbell Art Museum (États-Unis). © Kimbell Art Museum, Fort Worth, Texas
Connaissez-vous Jean-Baptiste Greuze (1725-1805) ? Si le nom de ce peintre portraitiste du XVIIIe siècle qui avait l’amitié (et l’admiration) de Diderot ne vous dit rien, courez voir l’exposition que lui consacre en ce moment le Petit Palais, à Paris ! Et si vous le connaissez déjà… pourquoi ne pas y aller aussi, histoire de découvrir de magnifiques inédits restaurés pour l’occasion ? C’est ce que recommande aujourd’hui Cédric Enjalbert, dans notre newsletter culturelle hebdomadaire.
Ce texte est extrait de notre newsletter hebdomadaire « Par ici la sortie » : trois recommandations culturelles, éclairées au prisme de la philosophie, chaque vendredi soir. Abonnez-vous, elle est gratuite !
« “Il serait bien surprenant que cet artiste n’excellât pas”, prédit Diderot en critique d’art avisé dans ses Salons, en 1763. Car “il a de l’esprit et de la sensibilité ; il est enthousiaste de son art ; il fait des études sans fin”. Le philosophe n’a pas tout à fait tort : Jean-Baptiste Greuze (1725-1805) séduit de son vivant les amateurs, les critiques et les collectionneurs, et il se voit reconnu pour l’expressivité de ses portraits d’enfants et la théâtralité de ses scènes de la vie de famille… mais il passe de mode à la fin de sa vie, avant d’être oublié. Le musée du Petit Palais montre l’importance de ce peintre des Lumières, représentant d’une sensibilité nouvelle qui fait de l’enfant un individu à part entière, dont l’éducation préoccupe les philosophes de Rousseau à Condorcet, en passant par Diderot, qui s’y intéresse dans son Encyclopédie. Un magnifique portait de Jeune Berger tenant un pissenlit, autrement intitulé Jeune Berger qui tente le sort pour savoir s’il est aimé de sa bergère, issu des collections du Petit Palais a notamment été restauré pour l’occasion. Il était accroché dans les appartements de Madame de Pompadour, avec son pendant, La Simplicité, habituellement conservé au musée d’art Kimbell au Texas (États-Unis), figurant donc une Jeune Bergère effeuillant une marguerite un peu, beaucoup, passionnément. Pissenlit et marguerite sont exceptionnellement réunis. Riche de nombreux prêts d’institutions étrangères, ce parcours souligne les obsessions de l’artiste… et son sens du commerce ! Car Greuze orchestre avec son épouse, fille d’un libraire bien établi, une stratégie éditoriale florissante en diffusant son œuvre via des gravures. Il invente un moule à petits pains très lucratif. Mais son épouse, dont il divorce, serait partie avec le butin, le laissant, apprend-on dans la dernière salle, ruiné. “Courage, mon ami Greuze ! s’écrie Diderot, avec prescience. Fais de la morale en peinture, et fais-en toujours comme cela. Lorsque tu seras au moment de quitter la vie, il n’y aura aucune de tes compositions que tu ne puisses te rappeler avec plaisir.” Plaisir partagé ! »
L’exposition « Jean-Baptiste Greuze. L’enfance en lumière » court jusqu’au 25 janvier 2026 au Petit Palais, à Paris. Toutes les informations et la billetterie sont à retrouver sur le site officiel du Petit Palais.