Hors-série "L'art de ne rien faire"

L'impossibilité de ne rien faire selon Pascal

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Cet article est issu du Hors-série n°N°58 de Philosophie magazine « L’Art de ne rien faire », en kiosque le 27 juillet 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Quoi de plus ardu que de se contenter d’être, « au présent », sans s’agripper à une occupation, un souvenir, un désir ? Selon Pascal, ces agitations n’ont qu’un but : faire diversion face à la vanité de notre existence. Nous fuyons l’ennui... mais peut-il en être autrement ?

 

Ne rien faire ? Impossible... et pourtant salutaire, selon Pascal. Impossible parce que nous sommes incapables de vivre au présent. Soit nous regrettons qu’il passe, le transformant ainsi en passé avant même qu’il ait commencé – « dire que demain, c’est lundi… » –, soit nous trouvons qu’il ne passe pas assez vite, comme si nous étions taraudés par l’attente de quelque chose qui semble ne jamais devoir venir, ou toujours plus tard – « quand j’aurai obtenu ça, alors je pourrai vivre vraiment ».
 

Nous ne cessons donc de nous activer, cherchant désespérément, frénétiquement dans le présent ce qui ne s’y trouve pas. La conclusion de Pascal est sans appel :  « Nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre. » Nous vivons à contretemps, dans une lutte contre le présent. Et à ceux qui nous intiment l’ordre de vivre ici et maintenant, il faut répondre que, précisément, c’est ce que nous ne pouvons pas faire, parce que nous ne le voulons pas.
 

« Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. » Si l’on cite abondamment cette phrase, c’est en oubliant de préciser que rester en repos dans une chambre n’est absolument pas la recommandation de Pascal. C’est là l’injonction de « demi-habiles », philosophes sentencieux et sages autoproclamés qui ne comprennent pas que le repos, l’inaction, la solitude et le silence nous sont insupportables : « C’est que le présent d’ordinaire nous blesse. Nous le cachons à notre vue parce qu’il nous afflige. »
 

Le présent nous afflige parce qu’il est seul réel, et comme tel, il n’est rien d’autre que ce qu’il est, sans échappatoire possible. Vivre au présent nous contraindrait à affronter la réalité, à nous voir tels que nous sommes vraiment, sans toutes nos occupations, l’importance illusoire qu’elles nous confèrent et la direction tout aussi illusoire qu’elles donnent à notre existence. C’est pourquoi nous désirons ardemment être ailleurs qu’ici, absorbés dans des « agitations », « périls » et « passions » qui fonctionnent comme des écrans, nous empêchant d’être confrontés à la vérité, c’est-à-dire au présent. Contrairement à ce qu’a imprudemment avancé -Descartes, je suis toujours ailleurs que là où je suis, occupé à ne pas penser.
 

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