L’inquiétant pouvoir des clichés

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Cet article est issu du numéro 4 de Philosophie magazine « 4 - oct./nov. 2006 », en kiosque le 28 septembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Loin d’avoir été inventée par l’Orient, la haine de l’Occident proviendrait… de l’Occident. Dans L’Occidentalisme, Avishai Margalit, philosophe et professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, et Ian Buruma, écrivain néerlandais, retracent la genèse des stéréotypes « occidentalistes ».

Les éditions Climats-Flammarion publient une traduction de L’Occidentalisme : une brève histoire de la guerre contre l’Occident, écrit à quatre mains par Avishai Margalit et Ian Buruma. Ce livre se veut à la fois une réponse et un prolongement à L’Orientalisme d’Edward Said. Ce dernier s’était employé à montrer que la vague orientaliste du début du XIXe siècle, portée par des écrivains comme François de Chateaubriand ou Gustave Flaubert, et par des savants comme l’Anglais Edward Lane ou le Français Ernest Renan, a construit une représentation de l’Orient, exotique et adonné à la sensualité, sans aucun rapport avec sa réalité historique. Accompagnant les expéditions en Égypte de Napoléon et l’expansion coloniale au Maghreb et en Arabie, cette vision aurait fourni une justification culturelle à l’impérialisme européen. L’occidentalisme, selon Margalit et Buruma, c’est l’ensemble des stéréotypes auxquels on réduit aujourd’hui l’Occident, et qui contribuent à le faire haïr, notamment dans les pays musulmans. Dans l’esprit de ses détracteurs, la civilisation occidentale serait matérialiste et superficielle, brutale et sans égard pour les valeurs religieuses ou spirituelles. Dès lors, les islamistes radicaux ont beau jeu d’opposer au consumérisme effréné et à la débauche généralisée la force de la foi, l’ascétisme des croyants et l’esprit de sacrifice des martyrs. Les meilleurs passages du livre sont ceux où Margalit et Buruma retracent la genèse des clichés occidentalistes. Les thématiques reprises à leur compte par les islamistes contemporains auraient vu le jour d’abord en Allemagne, à la période romantique, avec la critique des Lumières et de la civilisation à la française formulée par le philosophe Johann Gottfried von Herder, au nom d’une « Kultur » allemande fondée sur le sol, le sang et l’instinct. Ces mêmes thèmes auraient été invoqués en Russie par les slavophiles, dans leur combat idéologique contre l’occidentalisation du pays à la fin du XIXe siècle. Si la démarche de Margalit et Buruma est stimulante, on peut néanmoins regretter qu’ils ne se livrent pas, au contraire d’Edward Said, à une étude exhaustive, mais simplement à un rapide repérage des préjugés occidentalistes.

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