Polémique
L’islamophobie est-elle un racisme ?
L’entrée de Sciences Po Grenoble, jeudi 4 mars dernier. © DR
La polémique enfle à Sciences-Po Grenoble. L’affaire commence le 30 novembre dernier, un professeur d’allemand s’inscrit dans le groupe de travail « Racisme, islamophobie et antisémitisme », tout en se déclarant « assez intrigué par l’alignement révélateur de ces trois concepts dont l’un ne devrait certainement pas y figurer » – en l’occurrence, l’islamophobie, dont il juge qu’elle relève non du racisme mais est d’abord une « arme de propagande extrémiste ». La tension monte lorsque l’enseignant reçoit le soutien d’un collègue. Les deux enseignants font alors l’objet d’une campagne d’affichage non nominative de la part de l’Union syndicale (US), issu d’une scission avec l’Union nationale des étudiants de France (Unef), et la situation s’envenime : le second demande aux étudiants du syndicat « de quitter immédiatement [ses] cours et de ne jamais y remettre les pieds ». En réaction, les étudiants placardent, le 4 mars, le nom des deux enseignants accolé au slogan : « Des fascistes dans nos amphis. L’islamophobie tue », à l’entrée du bâtiment.
L’histoire continue au tribunal, après le dépôt d’une plainte pour dégradation et injure publique. Elle illustre un débat, tendu, qui traverse la société française, entre les critiques du terme d’« islamophobie », qui considèrent que le terme interdit tout débat au nom d’un antiracisme imaginaire, et ses défenseurs, qui soulignent que les attaques contre l’islam ont toujours une dimension raciste et xénophobe.