Politique
Loi immigration : faut-il parler français pour être Français ?
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Promulguée en janvier de l’an dernier, la loi Darmanin sur l’immigration durcit les exigences linguistiques de l’obtention de la nationalité française. Mais la maîtrise de la langue est-elle un critère essentiel de l’identité française ? Victor Hugo pensait que oui, Ernest Renan était opposé à cette idée.
Parler français et surtout, le parler de mieux en mieux. C’est dans ce sens que va la loi immigration de Gérald Darmanin, qui durcit les exigences linguistiques pour tous les étrangers désirant vivre en France. Ces mesures, qui devraient être mises en place à l’horizon 2026, s’appliquent autant à l’obtention de la carte de résident – qui passe du niveau A2 au B1 – qu’à la naturalisation française – dont le niveau a été relevé du B1 au B2, soit celui requis pour suivre un cursus à l’université. Dans le cadre d’un documentaire de France 2 pour l’émission L’Œil du 20 heures, dix volontaires de nationalité française majoritairement diplômés ont passé l’examen : cinq d’entre eux n’ont pas réussi à obtenir la moyenne à l’écrit et deux ont raté l’examen… échouant donc à obtenir leur propre nationalité.
“Parler comme un seul homme”
Ces exigences pour le moins élevées en matière de compétences linguistiques traduisent une volonté politique qui ne date pas d’hier : celle de faire de la langue un outil d’unité nationale. « La langue est le premier marqueur de nationalité », explique l’historien Daniel Baggioni (Langues et nations en Europe, 1997). Cette idée selon laquelle il faut parler français pour être Français a émergé au XIXe siècle, quand les anciens empires ont cherché à homogénéiser leur territoire afin de créer une unité de lieu, de langue et de culture. Elle est notamment défendue par Victor Hugo, qui affirme dans le premier tome de ses carnets de voyages que « des peuples ne peuvent adhérer entre eux s’ils n’ont une même langue dont les mots circulent comme la monnaie de l’esprit de tous possédée tour à tour par chacun ». Pour l’écrivain, cette communauté linguistique est la manière de faire peuple, notamment par le biais de la création artistique commune. « Ce qui fait circuler la langue, ce qui imprime une effigie aux mots, ce qui crée la pensée commune, c’est, avant tout, l’art, la poésie, la littérature », détaille-t-il. Selon Hugo, la langue est aussi le moyen de créer une « sève sociale » capable de désarmer la solitude individuelle et de donner un sentiment d’unité et de fierté à toute une communauté.