La notion
“Long-termisme”
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Cet article est issu du numéro 161 de Philosophie magazine « Peut-on être lucide et heureux ? », en kiosque le 07 juillet 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« La valeur attendue de la réduction du risque existentiel d’un simple milliardième d’un milliardième […] vaut cent milliards de fois plus qu’un milliard de vies humaines. » C’est le credo du « long-termisme » – courant de pensée en vogue chez les entrepreneurs de la Silicon Valley, dont Elon Musk – formulé par le physicien Nick Bostrom. Autrement dit : tous les sacrifices sont bons pour assurer la perpétuation de l’humanité, voire augmenter, même très faiblement, ses chances de survie. Surveillance généralisée, politiques autoritaires, enfermements préventifs, extermination partielle… Tout peut-il être justifié lorsque le destin de l’humanité est en péril ? Non. C’est précisément cette conviction que dénonce le philosophe Peter Singer dans son article « The Hinge of History » (« L’âge charnière ») paru sur le site Project Syndicate : voir les problèmes actuels de l’humanité – inégalités, guerres, discriminations… – « à travers le prisme du “long terme” et du “risque existentiel” peut réduire ces problèmes à presque rien ». Pour le penseur utilitariste, « lorsque nous prenons des mesures pour réduire le risque d’extinction, nous devons aussi prendre en compte les intérêts des humains aujourd’hui ». Que vaudrait en effet le prolongement infini d’une vie injuste et inhumaine ?