Lou Andreas-Salomé. La rencontre du charnel et du spirituel

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Cet article est issu du numéro 31 de Philosophie magazine « 31 - été 2009 », en kiosque le 02 juillet 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Bien plus qu’une simple muse, Lou Andreas-Salomé a toujours su faire entendre sa voix. Sa vie et sa personne exercent une fascination intacte.

« “La liberté d’une allégeance” : si j’ai donné ce titre à ma préface à la Lettre ouverte à Freud, c’est parce que, dans ce texte, Lou Andreas-Salomé accepte sans réserve sa position de disciple, tout en étant en débat, voire en franc désaccord, avec le fondateur de la psychanalyse. Elle étudie finement ses écrits, cherchant toujours à voir au-delà de ce qui est découvert, ce qui lui vaut d’être qualifiée par Freud de “compreneuse”. Et c’est en raison de ce travail minutieux que ce dernier ne traite pas par le mépris les “idéaux” de Lou Andreas-Salomé : tandis que lui insiste sur l’analyse des détails et ne vise pas à bâtir un système, il y a chez elle une propension à la synthèse, à l’unification des résultats dans le cadre d’une vision du monde. Surtout, elle aspire à un certain mysticisme, orientation à laquelle Freud se refuse et qu’il juge incompatible avec la psychanalyse. Lou Andreas-Salomé milite pour les retrouvailles avec ce qu’elle considère comme une unité perdue, avec un état d’indistinction du moi et du monde qui correspond au sens originaire du narcissisme. Dans cette perspective, elle refuse de scinder le physique et le psychique, le corps – sol premier de toute expérience pour elle – et la vie de l’esprit. L’union sexuelle ou la fabrication d’œuvres culturelles sont à ses yeux les recherches éphémères d’une telle totalité primordiale. Autre exemple, alors que le sentiment religieux est pour Freud l’obstacle majeur à la vérité psychanalytique, elle le conçoit comme un phénomène positif s’il ne consiste pas à ériger des idoles, mais à trouver des solutions de vie, à se créer soi-même à travers Dieu. Ainsi, dans son approche de l’amour, de l’art ou de la religion, Lou Andreas-Salomé vise la rencontre du charnel et du spirituel, affirmant obstinément sa voix propre au sein de la psychanalyse freudienne, sans jamais la rejeter. »