Politique / Etats-Unis

L’ultralibéralisme est-il soluble dans le conservatisme ?

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Cet article est issu du numéro 63 de Philosophie magazine « 63 - octobre 2012 », en kiosque le 28 septembre 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Paul Ryan, le charismatique colistier du candidat républicain aux élections présidentielles américaines de novembre, ne cache pas son admiration pour Ayn Rand, une pasionaria ultralibérale. Problème : radicalement athée, elle cadre mal avec les valeurs du parti.

« J’ai grandi en lisant Ayn Rand. Cela m’a tellement inspiré que c’est une lecture imposée dans mon bureau pour tous mes collaborateurs », déclare Paul Ryan, le jeune député du Wisconsin que Mitt Romney a choisi comme colistier sur le ticket républicain à l’élection présidentielle. Président de la commission du Budget à la Chambre des représentants, partisan d’un programme de réductions drastiques du déficit et d’une remise en cause de la réforme du système de santé mise en place par Obama, Paul Ryan est chargé du débat d’idées et entend le centrer sur le rôle du gouvernement dans l’économie. En se réclamant de la philosophe de l’« égoïsme rationnel », athée et libertaire, favorable à l’avortement et opposée à la prohibition des drogues, il court le risque de faire éclater les contradictions qui traversent la droite républicaine américaine.Née en Russie en 1905 dans une famille juive de la bourgeoisie éclairée, arrivée avec quelques dollars en poche aux États-Unis après avoir fui la révolution bolchevique, Ayn Rand a été à partir des années 1940 un chantre du capitalisme – son roman-fleuve, La Grève (Atlas Shrugged), écrit en 1957, s’est vendu à plus de 10 millions d’exemplaires. Initiatrice de la critique de l’État providence, Rand avait un projet plus vaste de refondation du libéralisme. Sa métaphysique, l’« objectivisme », s’inspire d’Aristote pour conférer à chaque individu le devoir objectif et rationnel d’accomplir sa propre vie – un projet qui la situe aux antipodes des conservateurs. Comme le souligne Alain Laurent, à l’origine de la traduction récente en France de La Grève et qui vient de publier un bel essai, Ayn Rand ou la passion de l’égoïsme rationnel (Les Belles Lettres) : « Elle détestait les conservateurs, qu’elle considérait comme des ennemis de la raison […], des partisans d’une religion envahissante et despotique qui rêvent de rétablir la “tyrannie familiale” et le “gouvernement des esprits”. » Interrogé dès sa première conférence de presse, sur ce point, Paul Ryan a reconnu la distance qui le sépare de cette authentique libérale. « J’aime ses romans. Mais je suis en total désaccord avec l’objectivisme qui est une philosophie athée. » Aujourd’hui, il avance une autre source d’inspiration. « Ne me servez pas du Ayn Rand, servez-moi du Thomas d’Aquin ! » affirme-t-il désormais. L’auteur de la Somme théologique va-t-il permettre de donner une meilleure assise au programme républicain ? Une chose est sûre, le candidat à la vice-présidence des États-Unis met les philosophes au cœur de la campagne. Avec quelle cohérence ?

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