Vertiges
Machines à désapprendre. La chronique d’Étienne Klein
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Cet article est issu du numéro 192 de Philosophie magazine « L’IA et moi », en kiosque le 21 août 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les élèves et les étudiants utilisent massivement les intelligences artificielles. À tel point que nombre de professeurs se demandent désormais ce qu’ils doivent enseigner.
La rentrée scolaire sera en point de mire quand ces lignes paraîtront. Elles ont été écrites un dimanche de juin, après que j’ai achevé la correction de copies rédigées par des étudiants à l’occasion d’un contrôle de philosophie des sciences. Il y a quelques années, ils faisaient ce devoir « à la maison ». Aujourd’hui, ChatGPT oblige, ce n’est plus possible : si l’on veut pouvoir découvrir ce que leur tête pense par elle-même, il est nécessaire de les rassembler dans une salle et de les y faire plancher loin de tout téléphone ou ordinateur.
Une chose continue à m’étonner : alors que ces étudiants ont toujours vu leur orthographe instantanément corrigée chaque fois qu’ils ont écrit sur un clavier, certains font un grand nombre de fautes. Comme s’ils avaient délégué aux machines la connaissance de règles qu’ils n’auraient plus besoin d’apprendre. Comme si l’assistance qui leur a été instantanément fournie n’avait eu sur eux le moindre effet pédagogique… Toute assimilation requerrait-elle une lente maturation ?