Antilles / Pollution
Malcom Ferdinand : “Le scandale sanitaire du chlordécone révèle un traitement colonial des Antilles”
Malcom Ferdinand. © Olivier corsan/ Maxppp
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Cet article est issu du numéro 185 de Philosophie magazine « Que puis-je savoir de l’autre ? », en kiosque le 05 décembre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La pollution au chlordécone peut-elle être considérée comme un crime ? La cour d’appel de Paris a transmis cette question à la Cour de cassation le 13 novembre dernier. Le philosophe Malcom Ferdinand analyse l’origine coloniale de ce scandale sanitaire majeur.
Dans votre livre, S’aimer la Terre, vous avez enquêté sur l’usage du chlordécone dans les Antilles en mobilisant cette notion d’« habiter colonial ». De quoi s’agit-il ?
Malcom Ferdinand : Elle a été forgée notamment durant les colonisations du XVIIe siècle en France. Il s’agit d’attribuer une valeur à des terres et à des peuples qui est différenciée par rapport à d’autres terres. En l’occurrence, on va conquérir, asservir, tuer des humains, dans le but de faire fructifier ces terres et d’engranger du profit. On va déforester, détruire l’ensemble de l’écosystème, tout cela dans le but de créer soit des extractions minières, soit des plantations de canne à sucre à l’époque ou de bananes aujourd’hui. Ces terres n’ont plus pour principe de nourrir les habitants qui y habitent mais de produire quelque chose qui va servir les intérêts d’autres.