Masque. Le fétiche des apparences
(cc) Marina Zaharkina / Unsplash
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Cet article est issu du numéro 139 de Philosophie magazine « 139 - juin 2020 », en kiosque le 13 mai 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Cet accessoire fait bien plus que changer l’aspect de celui qui le porte, il transfigure sa psyché. Généalogie d’une arme de protection massive, des Dogons du Mali à nos actuels masques chirurgicaux.
Je me suis toujours méfié du pouvoir des masques. Le masque transfigure, au sens propre, la personne qui s’en couvre et donne ainsi vie à l’être représenté, personnage mythique, divinité ou ancêtre.
Le regretté Sory Camara, charismatique professeur d’anthropologie à l’université de Bordeaux ayant étudié la société malinké (Afrique de l’Ouest), raconte dans son livre Paroles très anciennes ou le mythe de l’accomplissement de l’homme (La Pensée Sauvage, 1980) la peur des enfants à la vue des masques surgissant brutalement de la forêt un matin. Plus tard, ces enfants devenus adultes entreront dans la forêt avant le jour pour se revêtir des mêmes masques avant d’apparaître dans le village au rythme assourdissant des tambours. À leur tour, ils effraieront les enfants. Camara leur a posé la question, à eux qui avaient connu cette frayeur lorsqu’ils étaient enfants. Ils ont tous répondu que les masques sont les ancêtres qui reviennent au village, comme tous les ans, pour le protéger.