Matière à penser / Été 2018

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Cet article est issu du numéro 121 de Philosophie magazine « Pourquoi avons-nous besoin d’être aimés ? », en kiosque le 05 juillet 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’image

Au-dessous du volcan

C’est une image de désolation, et pourtant quelque chose résiste. Difficile de ne pas être sidéré par la force esthétique, voire la beauté de cette photographie prise du ciel. Un désert de lave durcie et, au milieu, poche ou oasis maudit, un tronçon de route sectionné : la toute-puissance de la nature réduit la civilisation humaine à peau de chagrin, à une vanité éphémère. À Hawaï, à partir du mois de mai dernier, le Kilauea, l’un des volcans les plus imposants et les plus actifs du monde, a été saisi de multiples secousses sismiques. Elles ont déclenché l’épanchement d’une gigantesque coulée de lave emportant tout sur son passage – destruction d’infrastructures et populations évacuées à la clé. Le spectacle du feu qui sort des entrailles de la terre et ravage le monde évoque la cosmologie du stoïcisme antique. Selon les premiers maîtres de l’école stoïcienne (Zénon, Cléanthe et Chrysippe), le monde est formé à partir d’un principe premier, incorruptible, associé au feu. Or si tout « naît du feu », écrit Chrysippe dans Des dieux, « tout se résorbe » également en lui. Loin d’être éternel, le monde connaît une « conflagration universelle » (ekpurôsis, en grec) ; il se consume et retourne au feu primordial… avant de renaître à l’identique. Telle est la doctrine stoïcienne du retour périodique ou de la « palingénésie » (du grec palin, « à nouveau »). Certes, elle peut sembler farfelue et a été critiquée dès l’Antiquité. Néanmoins, c’est peut-être ce genre de pensée qui nous saisit à la vue d’un tel cliché : que le monde puisse recommencer après le désastre – on a presque l’impression qu’en grattant la lave, on pourrait, sous la croûte, retrouver la route dans sa courbe initiale, inchangée. 

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