Matière à penser / juillet-août 2013
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Cet article est issu du numéro 71 de Philosophie magazine « 71 - été 2013 », en kiosque le 04 juillet 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La personnalité
Pekka Himanen. Prophète d’une éthique de l’épanouissement
C’est le philosophe qui fait parler de lui en… Finlande. Il a vu venir avant tout le monde l’âge des Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, et des Edward Snowden – l’informaticien qui a révélé le programme d’écoute téléphonique Prism. Né en 1973, Pekka Himanen est le plus jeune docteur de l’université de Finlande. Néohumaniste touche-à-tout, il s’est très tôt intéressé à la « société de l’information ». Dans son livre L’Éthique hacker et l’Esprit de l’ère de l’information (Exils, 2001), il soutient qu’une nouvelle éthique du travail a surgi, qui s’oppose à l’éthique protestante à l’origine, selon Max Weber, du capitalisme moderne : fondée sur le plaisir plus que sur le devoir, sur la coopération directe plutôt que sur la hiérarchie, enfin sur le refus de l’appropriation privée de la production. « Pour les hackers, écrit Himanen, le facteur organisationnel de base dans la vie n’est ni l’argent ni le travail, mais la passion et le désir de créer avec d’autres quelque chose de socialement valorisant. » Himanen s’est vu confier par le gouvernement finlandais un projet de redéfinition d’une croissance durable pour le pays. Les 700 000 euros alloués à ce projet, l’absence d’appel d’offres, la légèreté des résultats ont suscité une polémique sur le sérieux du travail d’Himanen. Reste que certaines idées ont retenu l’attention, comme celle d’axer l’État providence sur la sécurité et la santé psychique des citoyens. Sans être révolutionnaire, le « scénario pour un épanouissement » qu’Himanen propose à une société riche mais déprimée a la vertu de formuler une aspiration largement partagée.