Ce que sait la main

Mattia Pastore, portrait d’un “dresseur de bulles”

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Mattia Pastore, portrait d’un “dresseur de bulles”

Mattia Pastore se définit comme un « dresseur de bulles ». © Xavier Schwebel pour PM

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Cet article est issu du numéro 197 de Philosophie magazine « L’Empire, stade ultime du capitalisme ? », en kiosque le 19 février 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Former des bulles de savon est à la portée de tous. Pourtant, certains élèvent ce jeu d’enfant au rang d’art, comme Mattia Pastore. Lui se définit comme un « dresseur de bulles » qu’il fait éclore dans les rues, au théâtre ou à l’hôpital.

 

Mattia Pastore porte bien son nom. Ce n’est toutefois pas à la messe qu’il officie, même si la musique occupe une place importante dans sa vie. Armé d’un seau et de ses cannes, c’est plutôt au bord d’un canal, sur une scène de théâtre, dans un goûter d’anniversaire ou les couloirs de l’hôpital Sainte-Anne que vous aurez le plus de chance de le croiser. Car les ouailles de ce « pasteur » venu de Boves, une petite ville du Piémont italien, ne sont pas des personnes mais des bulles de savon. Mattia se présente en effet comme un « dresseur de bulles », capable d’orchestrer leur naissance, leur vie éphémère, tout en laissant leur mort au hasard d’un grain de poussière caché ou de l’index d’un enfant. 

“Dans un monde où l’hypercontrôle est valorisé, les bulles apprennent le lâcher-prise”

« Dans un monde où l’hypercontrôle est valorisé, sur ce qu’on mange ou ce qu’on poste sur les réseaux sociaux, les bulles apprennent le lâcher-prise », amorce le quadragénaire. Car former une bulle, c’est à la fois à la portée de tout le monde – il suffit de disposer d’un peu d’eau et de savon – et extrêmement minutieux. Les paramètres à prendre en compte relèvent presque de la navigation en haute mer : sens et force du vent, taille des cannes, humidité de l’air, rugosité des mains, au cas où le dresseur serait tenté de sculpter à main nue, composition du liquide, participation plus ou moins bienveillante des spectateurs… soit toute une chimie complexe. Ce qui n’empêche pas que les bulles, une fois formées, s’affranchissent de toute autorité. « C’est un exercice de patience mais aussi une expérience extrêmement agréable, et paradoxalement très addictive ! », s’enthousiasme Mattia.

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