Motifs cachés
Magie blanche, magie noire
Illustration : © Oriane Safré-Proust/Valérie Oualid pour PM
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 154 de Philosophie magazine « Ma liberté est-elle négociable ? », en kiosque le 28 octobre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« T’es la meilleure, ma chérie ! », « T’es vraiment qu’une grosse nulle ! »… La bonne vieille méthode Coué fonctionne toujours, en bien comme en mal. Mais est-elle en train de se réinventer sous l’influence de sombres enchantements numériques ?
Nous avons tous entendu parler de la méthode Coué et de ses variantes, les affirmations positives, ces suggestions que l’on s’adresse pour voir la vie du bon côté, guérir ou rencontrer l’amour. Bien des livres de développement personnel se fondent sur cette capacité qu’a l’humain de se parler à lui-même, de s’autopersuader, de faire comme si ses désirs étaient déjà devenus réalité pour les faire advenir. Il est intéressant de comprendre comment cette autosuggestion fonctionne : imaginer, évoquer une situation avec précision, ce que l’on ressentirait alors, ce que l’on ferait, c’est déjà devenir la personne que l’on serait si la situation se matérialisait. Mettons qu’un jeune comédien prépare une audition. Imaginer le silence ému de l’assistance, le jury suspendu à ses lèvres et son propre sentiment de joie en cas de succès, ce n’est pas, comme on le croit, une manière de le vouloir si fort que ça arrive. Plutôt une façon de faire surgir de son imagination des qualités que l’on ne pensait pas avoir, pour les exacerber ou les manifester. Les coachs sportifs utilisent ce genre de méthode pour entraîner leurs équipes avant un match, les kinés pour la rééducation – se visualiser en train de courir, de marcher. Une pianiste de ma connaissance la pratique avant chaque concert. Le pouvoir de la visualisation, surtout lorsqu’elle devient précise au point de convoquer tous nos sens, tient à ce que notre inconscient ne distingue pas ce que nous vivons en imagination et en réalité. Au fond, la visualisation repose sur la même suspension de l’incrédulité que la lecture d’un roman : le temps d’imaginer la situation rêvée, désirée, il est demandé d’y croire. Dans le cas d’une fiction, la suspension d’incrédulité rend possible le voyage dans d’autres vies que la sienne. Dans la visualisation, le voyage vers un désir peut être appelé à devenir réalité.