Trois questions à…

Michael Walzer : « Rester les bras croisés pendant que l’Iran se doterait de l’arme atomique serait une lourde erreur »

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Cet article est issu du numéro 3 de Philosophie magazine « 3 - août/sept. 2006 », en kiosque le 27 juillet 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Philosophe américain, professeur à Princeton, il est l’auteur de Guerres justes et injustes, publié initialement en 1977. L’ouvrage, aujourd’hui considéré comme un classique, est sorti en poche avec un « après-propos » inédit de l’auteur (« Folio essais », Gallimard. Voir notre n° 2).

Auriez-vous considéré une intervention au Rwanda comme une « guerre juste » ? Et qu’en est-il de la Tchétchénie ?

Michael Walzer : Les crimes de masse, de même que le « nettoyage ethnique », devraient être arrêtés par la force si nécessaire. Dans ce cas, la force devient moralement justifiable, voire obligatoire. Cela dit, la considération de prudence entre aussi en jeu dans l’argumentation morale : il faut que nous ayons de bonnes raisons de penser que l’intervention fera plus de bien que de mal.

Au Rwanda, en 1994, une intervention militaire aurait sans nul doute été justifiée, qu’elle soit menée par l’ONU, les Européens, l’Otan, les États-Unis ou l’Union africaine. Le cas de la Tchétchénie est différent dans la mesure où intervenir militairement contre une puissance nucléaire serait prendre des risques
que tout dirigeant politique rationnel se doit d’éviter. Avancer que nous aurions là deux poids, deux mesures me paraît un peu fou : on sauve des vies quand on le peut ! D’autant qu’il existe d’autres moyens de pression, d’ordre économique ou politique. Sur ce point – sur l’usage de ce que j’ai appelé la force « hors guerre » –, la réflexion mériterait d’être approfondie.

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