Michel Aglietta : “On peut mener une analyse marxienne de la globalisation”

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Cet article est issu du numéro 62 de Philosophie magazine « 62 - septembre 2012 », en kiosque le 23 août 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Le grand apport de Marx est d’avoir établi que le capitalisme ne se réduit pas à l’économie de marché, tout en s’inscrivant dans ce cadre. Il le définit à partir de deux entités qui échappent aux relations classiques d’échange : le marché du travail (le rapport salarial, conçu par Marx comme un rapport inégal d’exploitation) et la monnaie, en tant que lien social fondamental, qui est, de manière ambivalente, ce qui établit la cohérence du système des marchés et ce qui est source de pouvoir privé sur la société. Au fondement du capitalisme, note-t-il, se trouve le désir d’argent : les agents le recherchent et l’accumulent pour lui-même. Marx analyse ce désir d’argent comme le désir de posséder une partie de la société elle-même, l’argent permettant d’acquérir n’importe quelle valeur produite par le travail humain. Ce désir est sans limite, et son déploiement entraîne nécessairement des excès dans le domaine de la finance. Très critique à l’égard des banques, Marx insistait à juste titre sur le mécanisme du crédit : celui-ci repose sur une anticipation de profits futurs qui peut être déconnectée des capacités réelles de la production. Marx parlait alors de “valeurs imaginaires”. Cela fait indéniablement écho aux bulles spéculatives contemporaines. Ainsi, on peut relier à Marx toute une série de dérives de la finance moderne, issues de la libéralisation des marchés depuis les années 1980. La spéculation sur les actifs financiers et/ou immobiliers est toujours liée à ce puissant levier qu’est le crédit ; son expansion incontrôlée et son corollaire (l’endettement) ont été à l’origine de la crise de 2008.

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