Technologie
“Mouche virtuelle” : est-il possible de copier numériquement le cerveau ?
© neuromechfly.org
Cet article est réservé aux abonnés.
Si la copie numérique d’une mouche mise au point par une entreprise américaine évolue dans un monde virtuel, elle y agit comme une authentique mouche voletant dans le monde réel. En cartographiant les neurones et les synapses de l’insecte, aurait-on créé un esprit artificiel ? Réponse d’Octave Larmagnac-Matheron.
Elle ne vole pas dans le monde réel mais semble bien avoir pris vie dans la réalité virtuelle. En 2024, avec son projet Flyware, l’entreprise américaine EON était parvenue à mettre au point une copie numérique du cerveau d’une mouche du vinaigre (Drosophila melanogaster), après avoir patiemment cartographié les plus de 100 000 neurones du petit insecte, ainsi que les connexions (synapses) entre ces neurones. Elle avait alors produit un « connectome » – l’équivalent d’un cerveau mais dématérialisé. Voilà qu’il y a peu, ce cerveau numérique a été implémenté dans un corps virtuel (NeuroMechFly), lui-même placé dans un environnement simulant certains aspects du monde réel, comme la gravité ou l’interaction entre les objets.
Création d’un esprit artificiel ou simple image 3D ?
Surprise – ou miracle ? La mouche numérique réagit aux stimuli de cet environnement à 91% comme une mouche réelle. Elle nettoie ses antennes, se dirige vers les sources de nourriture… Aurait-on créé un esprit artificiel ? Certains voient déjà dans cet accomplissement un argument probant en faveur de l’hypothèse de la simulation selon laquelle nous ne sommes que des programmes informatiques dans un monde simulé.
➤ À lire aussi : l’article « Vivons-nous dans une simulation ? »
L’accomplissement a évidemment quelque chose de fascinant. N’en exagérons toutefois pas la portée. De quoi parle-t-on exactement, avec cette mouche virtuelle ? Commençons par l’évidence : ce qu’EON donne à voir sur écran sous la forme d’une réalité virtuelle n’est qu’une image de « ce qui se passe » dans la machine, une traduction dans des termes visuels pouvant être appréhendés par le système perceptif humain. Bref, il s’agit d’une visualisation 3D. La simulation elle-même met seulement en jeu des chiffres, des états, des règles de calcul… Le cerveau simulé ne « voit » pas cette image, il reçoit des données.