L’œil de la sorcière

Fragiles insectes, terrifiants “aliens”

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Fragiles insectes, terrifiants “aliens”

Illustration © Oriane Safré-Proust / Valérie Oualid pour PM.

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Cet article est issu du numéro 169 de Philosophie magazine « Complotisme. Pourquoi se raconte-t-on des histoires ? », en kiosque le 27 avril 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Abeilles, moucherons et papillons disparaissent sans que cela nous émeuve. Peut-être parce que notre imaginaire les a parés d’une effrayante altérité. Et si les monstres n’étaient pas ceux que l’on pensait ?

 

Les insectes disparaissent. Plus précisément, la biomasse des insectes volants aurait diminué de 76 % entre 1989 et 2016 en Allemagne et plus largement dans toute l’Europe. Le chiffre est cité par le biologiste Dave Goulson, spécialiste des insectes pollinisateurs, dont le dernier essai, Terre silencieuse. Empêcher l’extinction des insectes, vient de paraître en France, aux Éditions du Rouergue. Pour lui, ainsi que pour les spécialistes de la biodiversité, la disparition des bourdons, des papillons et autres insectes ailés – conséquence fatale de la multiplication des pesticides – est un signe aussi alarmant qu’un compte à rebours. Essentiels à l’équilibre des écosystèmes, les insectes jouent un rôle de facilitateurs, de messagers entre les règnes végétal et animal : pollinisateurs des fleurs, nourriture des oiseaux mais aussi fossoyeurs contribuant à la décomposition des carcasses et à leur enfouissement dans le sol. Sans insectes, pas d’oiseaux, pas de fruits – les bourdons sont les seuls à pouvoir polliniser les fleurs de la tomate, pour citer un exemple parmi d’autres –, pas de cadavres nourrissant la terre, pas de monde souterrain ni de renouveau. Goulson a coutume de citer le biologiste américain Paul Ehrlich, pour qui la disparition des espèces s’apparente à supprimer, au hasard, les rivets d’un avion – ôtez-en un ou deux, la machine continuera à voler ; enlevez-en vingt, trente, cinquante, tout d’un coup, sans qu’il soit possible de prédire à quel moment, tout se disloque, tout se défait. Selon Goulson, les insectes sont les rivets, les joints des écosystèmes.

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