Les “Fables” de La Fontaine vues par Michel Serres

“Le Lion et le Rat” : une fable cosmique

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“Le Lion et le Rat”, extrait du livre II des “Fables” de La Fontaine, gravure de Gustave Doré (édition de 1868, détail)

“Le Lion et le Rat”, extrait du livre II des “Fables” de La Fontaine, gravure de Gustave Doré (édition de 1868, détail). © Jean-Paul Dumontier/La Collection

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Michel Serres projetait de consacrer un grand ouvrage aux Fables de La Fontaine. Sa mort en 2019 l’en aura empêché. Les éditions Le Pommier ont toutefois pu rassembler les textes qu’il avait consacrés à l’auteur du XVIIe siècle, à partir des notes trouvées dans son ordinateur, et en faire un livre posthume, La Fontaine (Le Pommier, 2021). Après Les Compagnons d’Ulysse hier, deuxième lecture du fabuliste par le philosophe : Le Lion et le Rat, où un minuscule rongeur patient sauve un grand fauve.

 

À plusieurs reprises, note Michel Serres, La Fontaine « fait descendre aux gros l’échelle des deux infinis, mises en place par Pascal » : une « grosse force, énorme et sotte » dort tandis qu’une petite, « vive, frétille et s’agite ». Comme annoncé par La Fontaine, Le Lion et le Rat est suivie de La Colombe et la Fourmi, construite sur le même canevas : la Colombe « usa de charité » en sauvant la Fourmi de la noyade, qui la sauva à son tour en piquant le talon du « Croquant » qui s’apprêtait à tuer la Colombe qu’il voyait déjà « en son pot ». Dans le même Livre II, Le Lion et le Moucheron, inspirée du fabuliste grec Ésope, propose une autre version de la rencontre entre le gros et le petit, mais cette fois, dans la guerre : le Lion chasse le Moucheron comme un « excrément de la terre », celui-ci l’attaque en retour, le rend fou, triomphe en « invisible ennemi »… avant à son tour d’être pris dans une toile d’araignée. Dans ces retournements de la puissance et de la faiblesse, « les plus à craindre sont les plus petits », conclut La Fontaine. 

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