Musique

Neil Young, l’homme qui parlait aux arbres

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Neil Young, l’homme qui parlait aux arbres

Neil Young. © Rebecca Cabage/AP/Sipa

Neil Young vient de sortir rien de moins que son 48e album. S’est-il assagi avec le temps ? Que nenni : l’habitué des protest songs a toujours des choses à dire, et surtout à dénoncer. Et en l’occurrence, on comprendra sans mal que l’actualité américaine lui donne du grain à moudre…


 

Ce texte est extrait de notre newsletter hebdomadaire « Par ici la sortie » : trois recommandations culturelles, éclairées au prisme de la philosophie, chaque vendredi soir. Abonnez-vous, elle est gratuite !

 

« Alors que des millions d’Américains se dressent contre Donald Trump et sa pratique autoritaire du pouvoir, sous le slogan de ralliement “No King” (“Pas de roi”), un habitué des protest songs se joint au concert de critiques. Neil Young, auteur historique de chansons engagées comme Ohio ou Rockin’ in the Free World, livre un 48e album câlin et rageur, Talking to the Trees. Si le “loner” convoque l’image des arbres, c’est moins pour louer la vie solitaire au fond des bois qu’alerter contre le danger écologique que fait peser l’écosystème Trump sur la planète. Neil Young appelle par exemple les constructeurs automobiles américains à rattraper leur retard sur la Chine au sujet de la voiture électrique (“Come on America, let’s get in the race”), glissant au passage une attaque bien verte contre Elon Musk : “If you’re a fascist / Then get a Tesla” (Let’s Roll Again). Même inquiétude énervée dans Big Change, où le changement climatique est assimilé à une “collision” qui doit nous amener à réévaluer nos priorités. L’imaginaire de la voiture est l’un des fils rouges de l’album, puisque Silver Eagle se veut quant à elle une déclaration d’amour... à son bus de tournée. Comme un antidote aux nouveaux -ismes qui menacent la démocratie américaine (autoritarisme, technofascisme, accélérationnisme), Neil Young dissémine des ballades folk plus intemporelles où sa voix haut perchée redevient enveloppante (First Fire of Winter, Talkin to the Trees, Thankful). Si l’album a musicalement un petit air de déjà-vu, cette constance peut être en soi perçue comme un geste politique – le refus du désordre incarné par Trump. D’où aussi, la métaphore des arbres : “L’arbre ou la racine […] fixent un point, un ordre, écrivent Deleuze et Guattari dans Mille Plateaux (1980). L’arbre est filiation. Il impose le verbe ‘être’.” Sous leur plume, cette stabilité n’est pas un compliment. Mais quand l’époque semble imposer un “devenir” dangereux, l’attitude sylvestre n’est-elle pas plus souhaitable ? »

 

Talkin to the Trees, album de Neil Young, sortie le 13 juin. Écouter sur Spotify.