Nouveau hors-série "Vivre et penser comme un arbre”
Suzanne Simard et le peuple des arbres
© Casey Horner/Unsplash
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Cet article est issu du Hors-série n°N° 53 de Philosophie magazine « Vivre et penser comme un arbre », en kiosque le 12 mai 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le tout est souvent plus que la somme de ses parties et la forêt n’échappe pas à cette règle : elle est bien plus que l’addition des plantes et champignons qui la composent. C’est une véritable société, affirme l’écologue canadienne Suzanne Simard, faite de solidarités, de coopérations et d’échanges mutuellement avantageux. Une communauté rhizomique sur laquelle veillent les « arbres-mères », dont les hommes feraient bien de s’inspirer.
La forêt est comme une symphonie, écrivez-vous…
Suzanne Simard : Dans un orchestre, il y a des musiciens jouant des bois, cuivres, percussions et cordes. Ensemble, ils créent une symphonie. Cette harmonie, on la retrouve dans une forêt. Comme des musiciens, les plantes, les arbres, les champignons, les animaux coexistent et composent une biodiversité résiliente. Par la circulation de l’eau, de l’azote ou du dioxyde de carbone, ces organismes s’accordent ensemble en une véritable symphonie.
Y a-t-il un chef d’orchestre ?
Les arbres-mères, ces arbres d’une grande maturité, et surtout (ce qui ne va pas toujours de pair) d’une très grande taille, sont comme le noyau cellulaire de la forêt. Captés par sa couronne dense, le carbone et les nutriments, mais aussi l’énergie, circulent à travers l’arbre-mère jusqu’aux plus petits arbres. Ces arbres guident l’orchestre, mais ne le dirigent pas. Ils en facilitent l’harmonie, en insufflant davantage d’éléments vitaux dans l’écosystème. Ils sont aussi les plaques tournantes dans la circulation de l’information. Ces arbres majeurs relient la forêt. Ils peuvent être en relation avec 80 % de la flore forestière. Un tiers de leur énergie est transmis à la communauté.
Quelle est le rôle des champignons dans ces systèmes, ces réseaux forestiers ?
Les champignons, véritable jungle de filaments, de synapses et de nœuds, assurent une des liaisons essentielles au travers desquelles les arbres et les plantes communiquent et échangent. Il existe une multitude de champignons ; il y a les décomposeurs, les phyto-pathogènes, les saprophytes, les mycorhiziens, etc. Chacun joue un rôle spécifique. Je me suis particulièrement intéressée aux mycorhiziens qui comptent une dizaine de milliers de variétés, au sein des centaines de milliers d’espèces de champignons. Ces derniers entretiennent un lien mutualiste avec les plantes. Sans ce lien, ni le champignon ni la plante ne pourraient survivre. Ce groupe particulier de champignons récupère l’eau et les éléments nutritifs dans le sol, en échange des sucres produits par la photosynthèse réalisée par leurs plantes partenaires. À l’instar d’un réseau neuronal, le réseau mycorhizien émet aussi des signaux et transmet des informations.