Édito
Nos idées sont plus fortes que vos balles
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Cet article est issu du numéro 87 de Philosophie magazine « Guide d’autodéfense contre le fanatisme », en kiosque le 16 février 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans les jours qui ont suivi les attentats du 7 janvier, l’immense statue allégorique de la République, sur la place du même nom à Paris, s’est métamorphosée en une tombe. Comme j’habite le quartier, je traverse régulièrement la place – le matin, le soir, parfois tard dans la nuit. À toute heure, des gens, plus ou moins nombreux, passent un moment debout à se recueillir près de la statue, malgré le froid. Chaque fois que je me joins à eux, je reconnais leur silence. Tous les silences ne se valent pas, certains sont lyriques ou angoissants, sensuels ou mortifères, mais ce silence-là a un grain très particulier et reconnaissable entre tous : c’est celui du deuil. Les passants qui se figent un instant viennent là pour penser aux morts, et ils ne peuvent le faire qu’en rentrant en eux-mêmes. Chacun alors s’isole dans sa zone de silence intérieur, ce lieu secret où il sait que la vie est fragile et promise à la destruction. Le silence du deuil, c’est cela : il nous reconduit à l’idée de la mort, contre laquelle nul n’est armé. Certains visiteurs apportent aussi une obole – la margelle circulaire qui entoure la statue est couverte de bouquets de fleurs en décomposition, mais aussi, chose curieuse, de crayons à papier. Dans certaines fontaines, les superstitieux jettent des pièces de monnaie. Autour de la statue de la République, on dépose une mine. Et la composition d’offrandes est incroyablement mouvante ; d’un jour à l’autre, la décoration de la tombe est renouvelée.