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Ballen noir

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Ballen noir

© Roger Ballen

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Cet article est issu du numéro 137 de Philosophie magazine « 137 - mars 2020 », en kiosque le 20 février 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La Halle Saint-Pierre à Paris présente jusqu'au 31 août les photographies de Roger Ballen. Des œuvres qui s'admirent comme autant de “paysages mentaux”, qui fixent le chaos de nos pensées avec sensibilité.

Du noir et du blanc, principalement. Des formats carrés de taille moyenne. Les photographies de Roger Ballen s’exposent avec modestie. Cet artiste contemporain reconnu internationalement n’est pas vraiment l’un des représentants de l’art brut habituellement défendus à la Halle Saint-Pierre. Mais il y a dans ses clichés et les sujets marginaux qu’ils dévoilent une aventure menée hors des « chemins battus de l’art catalogué ». Aucune inclination sociologique ne l’anime, juste l’art du portrait liant l’homme et l’animal dans une confusion embarrassante, comme dans cette représentation d’un gros homme enlaçant un cochon (Brian with a Pet Pig, 1998) ou de cet adolescent au téléphone attrapant négligemment un chat par la queue (Eugene on the Phone, 2000). Parfois, l’artiste, Sud-Africain d’origine américaine, psychologue et géologue de formation, superpose de la peinture et des collages sur ses tirages. Roger Ballen ne magnifie pas la misère. Il se penche plutôt sur une forme de désarroi existentiel et sur ses manifestations physiques et psychiques, avec une curiosité sincère, sans voyeurisme. Il brosse des « paysages mentaux » comme Samuel Beckett – qu’il admire – dans ses pièces, traquant l’absurde où il se niche, dans les replis de notre condition. Il s’échine dans ses photos comme dans ses montages à « capturer ce chaos d’une manière esthétique », avec une sensibilité poignante. Comme il l’écrit, « il y a des choses négatives dans la psyché de la plupart des gens, parce qu’ils passent leur vie à remettre de l’ordre, rationaliser, tenter de suivre un leader et trouver le dernier gadget à la mode. Quand ils découvrent cet autre monde qui est une métaphore du désordre, ils savent inconsciemment que, derrière leurs propres tentatives pour bâtir un monde ordonné, le chaos prévaut, et en conséquence ils se sentent menacés par lui ». Ce chaos se visite.

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