Entretien
Sir Roger Penrose. L’éternel retour de la fin du monde
Sir Roger Penrose, le 21 mai 2015. © Hans Klaus Techt/APA/picturedesk.com/AFP
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Cet article est issu du Hors-série n°N° 9 de Philosophie magazine « Le Cosmos des philosophes », en kiosque le 01 janvier 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le big-bang marque autant le début d’un Univers que la fin du précédent… puisque ceux-ci se succèdent indéfiniment ! Pour étayer cette théorie, le mathématicien Roger Penrose, tout frais co-lauréat du prix Nobel de physique 2020 pour ses travaux sur les trous noirs, a dû affronter une question délicate : comment rendre compatible cet éternel retour avec la deuxième loi de la thermodynamique ?
Vous défendez une vision cyclique du cosmos qui n’est pourtant pas celle d’un « éternel retour »…
Sir Roger Penrose : Dans la cosmologie standard, l’histoire de notre Univers commence avec le big-bang. L’Univers est alors originellement très chaud et très dense, puis il connaît une expansion continue au cours de laquelle il se refroidit. Ce tableau de sa genèse et de son développement intègre un futur infiniment éloigné. Or, selon moi, il ne s’agit là que d’un aeon de l’Univers. Je m’explique : j’ai choisi ce terme latin qui vient du grec aion, et qui signifie « vie », « existence ». Mais il s’agit d’une existence bien particulière puisqu’elle ignore toute considération temporelle. Pour les Grecs, il s’agit d’une vie en quelque sorte indéfinie. Quand j’évoque l’aeon de l’Univers, je veux donc parler d’un temps très long, indéfini, qui ne serait pas mesuré par un certain nombre d’années. Il ne faut surtout pas se représenter un aeon de l’Univers comme une quantité de temps finie ou déterminée, même si cela est difficile à concevoir. Ainsi, ce que l’on considère comme étant l’histoire unique et absolue de notre Univers n’est, selon moi, qu’un aeon d’une succession indéfinie d’autres aeons. On peut dire que l’histoire de l’Univers se répète indéfiniment. Cependant, il ne s’agit pas d’un éternel « retour du même ». Les « cycles du temps » ne renvoient pas à des séquences identiques. L’Univers ne se répète pas, même si la structure peut finalement être très similaire.
Votre théorie implique qu’un temps précède le big-bang ? Cela a-t-il un sens de parler d’un « avant » le commencement de l’Univers ?
La réponse conventionnelle est qu’il n’y a aucun sens à parler d’un « avant » le big-bang puisqu’il s’agit d’une singularité de l’espace-temps qui fait perdre aux notions mêmes d’espace et de temps toute signification. Une telle singularité, en raison de sa densité et de sa température, met les équations d’Einstein et toute notre physique en échec ! Voilà ce que je vous aurais répondu si vous m’aviez posé cette question il y a cinq ans, avant que je ne développe cette nouvelle théorie. Cela a désormais un sens pour moi de dire qu’il existe un « avant » le big-bang.