Au carrefour des livres
Raconte-moi une Grande Histoire, du Big Bang au corps des femmes
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Cet article est issu du numéro 189 de Philosophie magazine « Peut-on réparer ses erreurs ? », en kiosque le 24 avril 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Deux best-sellers issus du monde anglo-saxon attestent du succès grandissant de la Big History, ce courant qui vise à raconter l’aventure de l’Univers et du monde humain depuis ses origines. David Christian l’aborde par les grandes bascules physiques et historiques, tandis que Cat Bohannon suit la lente évolution du corps des femmes. Deux angles qui produisent des intrigues et des questions distinctes.
La question de nos origines n’en finit pas de nous fasciner : en témoigne le succès outre-Atlantique de deux best-sellers qui abordent l’histoire de l’Univers et du vivant par la grande porte, moyennant vaste perspective et ton complice prompt à prendre par la main. Déterminer un commencement est l’ambition des deux auteurs, David Christian, professeur à l’université Macquarie de Sydney et cofondateur du Big History Project avec Bill Gates, et Cat Bohannon, chercheuse en évolution du langage et de la cognition à l’université Columbia. Ils n’adoptent toutefois pas exactement le même angle : le premier s’intéresse au tout, en se penchant sur les premières secondes de l’Univers jusqu’à une forme de prospective, quand la seconde veut réparer une négligence majeure. L’histoire racontée d’un point de vue universel et la science qui la soutient se rendent en effet coupables d’un oubli, selon Cat Bohannon : celui des femmes et des mécanismes biologiques qui ont gouverné leur évolution.
Pour raconter « l’histoire de tout » en à peine quatre cents pages, il faut quelques balises et un certain art de l’ellipse. Aussi David Christian détermine-t-il neuf seuils, de l’origine de notre Univers, le Big Bang jusqu’à un optimiste « ordre mondial durable » qui adviendrait dans cent ans, en passant par l’apparition des premières formes de vie sur Terre, puis d’Homo sapiens, de l’agriculture et de l’exploitation des combustibles fossiles. Rien de surprenant dans la définition de ces seuils. Ce sont des « tournants majeurs » lors desquels « des éléments déjà existants ont été réarrangés ou modifiés pour créer quelque chose qui présentait de nouvelles propriétés ‘‘émergentes’’, des qualités qui n’avaient jamais existé auparavant ».