Le sens du détail
Notre-Dame : et la couleur fut !
L'archevêque de Paris, Mgr Ulrich, lors de la cérémonie officielle de réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 7 décembre 2024. ©Eliot Blondet/Pool/Sipa
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Cet article est issu du numéro 186 de Philosophie magazine « Qu'est-ce qu’un rapport sain à l’argent ? », en kiosque le 16 janvier 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Capes, chasubles, étoles… Les vêtements liturgiques imaginés, dans un « style pop médiéval », par le styliste Jean-Charles de Castelbajac pour la cérémonie de réouverture de Notre-Dame de Paris ont suscité des commentaires parfois sarcastiques. Le couturier veut voir dans la couleur le « fleuve de la foi », capable de « rendre l’invisible visible », de « réveiller une porte vers l’invisible, vers la spiritualité ». La lumière blanche, divine, n’est pas autre chose que l’unité mêlant toutes les couleurs bigarrées du monde. Les églises du Moyen Âge dont s’inspire Castelbajac étaient d’ailleurs beaucoup plus colorées qu’aujourd’hui. D’autres, scandalisés, ont vu dans ces tenues polychromes une référence au drapeau arc-en-ciel des communautés LGBT. Pour Castelbajac, la symbolique inclut assurément les minorités sexuelles mais elle est beaucoup plus large : l’arc-en-ciel est celui « du drapeau de la paix, du ciel qui relie Dieu et les hommes, […] du peuple de demain ». L’arc-en-ciel n’appartient à personne, il rassemble sans exclure. Pas « de copyright ». Difficile, pourtant, de ne pas penser, en voyant ces taches jaunes, vertes, rouges, bleues, au logo d’un géant de la tech, Google. Dans un article intitulé « Introduction aux études sensori-légales » (2014), l’anthropologue David Howes s’inquiète « de l’enclosure des biens communs sensoriels par la privatisation des couleurs, des senteurs, etc. » Le tour de force de Google, c’est de n’avoir même pas besoin de breveter ou de déposer une couleur – à l’instar de l’artiste Anish Kapoor, « propriétaire » du Vantablack, qu’il vante comme un « noir absolu ». L’entreprise jouit d’une telle notoriété qu’il lui suffit de revêtir quelques couleurs primaires pour que ces pigments deviennent pour elle une publicité ambulante.