Politique

Nouvelle-Calédonie : Vous avez dit “insurrection” ?

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Nouvelle-Calédonie : Vous avez dit “insurrection” ?

Après des scènes de violence d’une “grande intensité” (véhicules brûlés, magasins pillés, affrontements entre manifestants et forces de l'ordre), un couvre-feu a été décrété à Nouméa, à 17 000 kilomètres de Paris, alors que les indépendantistes du territoire français d’Outre-mer de Nouvelle-Calédonie s’opposent à une révision constitutionnelle dont ils craignent qu’elle ne “minimise encore plus le peuple autochtone kanak”. © Nicolas Job/Sipa

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« Insurrectionnelle » : c’est en ces termes qu’a été qualifiée la situation actuelle en Nouvelle-Calédonie. Le mot est-il justifié ? Qu’est-ce au juste qu’une insurrection ?


La spécificité du système électoral calédonien

Barrages sauvages, pillages, actes de vandalismes, manifestations, affrontements avec les forces de l’ordre : la Nouvelle-Calédonie s’embrase depuis quelques jours. En cause, un projet de loi de réforme constitutionnelle discuté à l’Assemblée nationale, adoptée mardi 14 mai, qui prévoit l’élargissement du corps électoral de l’île. Depuis les accords de Nouméa en 1998, trois corps électoraux coexistent sur le « caillou ».

  • Un corps large, qui permet à tout citoyen français de voter aux élections municipales et nationales.

  • Un corps beaucoup plus restreint, qui permet de voter aux élections provinciales et à celles du Congrès calédonien, est composé des individus disposant de la citoyenneté néo-calédonienne, résidant en Nouvelle-Calédonie avant 1998, ainsi qu’à leur descendants, à la condition de résider préalablement pendant dix années consécutives sur le territoire.

  • Un troisième corps, plus restreint encore, permet de voter lors des référendums sur l’indépendance.

L’objectif de ces restrictions, négociées dans un climat de tensions avec la métropole, était d’assurer la pérennité du pouvoir politique des « autochtones » sur l’île contre celui des « Caldoches », populations issues de l’immigration européenne. Ce sont ces restrictions que la réforme constitutionnelle ébranle : désormais, le corps provincial intégrera tous les Néo-Calédoniens vivant sur l’île depuis plus de dix ans. Les indépendantistes ont vivement condamné cette remise en cause du statu quo et attisé la colère de nombreux habitants. Au point que le haut-commissaire de la République, Louis Le Franc, a jugé la situation « insurrectionnelle ».

Insurrection ou chaos ?

Le mot est-il employé à bon escient ? Qu’est-ce qu’une insurrection ? Difficile d’en déterminer précisément le sens. Dérivé du latin insurrectio, le mot évoque l’action de s’élever : le soulèvement d’un peuple contre un pouvoir qui l’opprime, qui l’écrase, qui l’accable – qui le rabaisse vers la terre. L’insurrection est donc un mouvement qui vise à la contestation ou au renversement d’un ordre politique jugé injuste. La plupart des caractérisations ajoutent à cette définition minimale l’ampleur importante du mouvement et surtout l’usage de la violence, par nature extra-juridique, pour faire entendre ou imposer ce qui ne peut s’exprimer dans le cadre juridique établi.

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