Politique
Nuit debout agitée: Yánis Varoufákis salué, Alain Finkielkraut chahuté
Alain Finkielkraut interrogé par les correspondants du site complotiste Le Cercle des volontaires / Capture d’écran / Youtube
« Un homme qui ne sait pas ne pas réagir, qui ressent un besoin indomptable d’élever la voix quand il rencontre quelque chose qui lui paraît stupide ou injuste, mais qui n’a aucun sens tactique ou stratégique, autrement dit quelqu’un qui a un grand talent pour se faire des ennemis ». Voici comment l’écrivain Milan Kundera dépeint son confrère Alain Finkielkraut. L’Académicien philosophe n’a pas démenti ce portrait, en se rendant samedi soir avec son épouse sur la place de la République, non pour prendre la parole, mais pour se faire une idée du mouvement Nuit Debout, qui se tient là depuis le 31 mars.
Bobard
Des vidéos amateurs, publiées sur les réseaux sociaux, montrent l’intellectuel pris à partie par une dizaine d’activistes, résigné à quitter la place sous les injures et, selon lui, les crachats. Aux« Saloperie ! », « Fasciste ! », « Facho ! », « Casse-toi ! », « Bouge ! » qui fusent, Alain Finkielkraut réplique sur le même ton exaspéré : « fascistes » et « gnagnagna, pauvre conne » à une jeune femme qui l’insulte. Ayant, selon plusieurs témoignages, passé plus d’une heure sur la place et assisté à l’assemblée populaire, avant de se faire « expulser », il s’est expliqué au site complotiste Le Cercle des volontaires, présent durant la dispute, venu l’interroger immédiatement, déclarant avoir « été expulsé d’une place où doivent régner la démocratie et le pluralisme, donc cette démocratie c’est du bobard, ce pluralisme c’est un mensonge. D’autant que je ne venais que pour écouter, je ne venais même pas pour intervenir et pour faire valoir mes idées, mais on a voulu purifier la place de la République de ma présence et donc j’ai subi cette purification, avec mon épouse ».
Les insultes lancées à son encontre laissent supposer une réaction exacerbée à ses positions jugées réactionnaires, sans que les enregistrements ne permettent de préciser des raisons exactes de l’altercation. Deux étudiants participants à Nuit Debout ont notamment “escorté” Alain Finkielkraut hors de la place ; ils témoignent dans Médiapart, en réponse à une tribune de Laurent Joffrin dans Libération : « Là où Libération imagine un libre penseur agressé par une foule menaçante, nous avons vu au contraire un Académicien étonnamment vulgaire menacer de “coups de latte” les quatre ou cinq personnes révoltées qui criaient pour réclamer son départ. »
Réelle solidarité ?
Un peu plus tôt, l’ancien ministre des Finances grec Yánis Varoufákis se rendait lui aussi, bénéficiant d’un accueil plus favorable, sur la place de la République pour prendre la parole et témoigner de son soutien au mouvement. « Nuit Debout une initiative magnifique des citoyens parisiens pour remettre le peuple au cœur de la démocratie, a-t-il déclaré. Nous sommes ici pour apprendre, discuter, participer, et pour nous assurer que cette belle énergie ne soit pas gâchée ou récupérée par des partis politiques ».
Fondateur en février d’un nouveau mouvement européen intitulé DIEM25, pour Democracy in Europe Movement 2025, Yánis Varoufákis entend revitaliser l’espoir démocratique en Europe en fédérant les consciences politiques de la société civile sur le continent, dans l’esprit cosmopolitique du projet de paix perpétuelle hérité des Lumières. Lui qui, dans un dialogue avec le philosophe Jon Elster, dit n’être pas « un politicien professionnel » déplore le dévoiement de l’Europe en une « confédération de politiciens myopes, d’institutionnels économiquement naïfs et d’experts financièrement incompétents », menacée par la discorde, les nationalismes, la bigoterie et les « murs mentaux ». Dans le manifeste publié lors du lancement de son parti, il plaide pour une « Europe de la raison, de la liberté, de la tolérance et de l’imagination, rendue possible par une complète transparence, une réelle solidarité et une authentique démocratie ». Vaste programme.