La réponse métaphysique
Parce qu’ils nous ouvrent au non-humain
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 77 de Philosophie magazine « 77 - Mars 2014 », en kiosque le 20 février 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’auteur des Renards pâles explique, en évoquant ses souvenirs d’Afrique et Georges Bataille, que la rencontre avec l’animal représente pour lui une initiation, proche du sacré.
Le surgissement d’un animal rejoue toujours la création du monde. Qu’entre deux voitures fasse irruption un simple chat ; qu’une biche, un cerf, un loup démarrent à la lisière d’un bois ; qu’une baleine vienne s’échouer sur une plage ou un crocodile se faufiler dans les égouts d’une mégalopole, à chaque fois la surprise et l’enchantement nous assaillent, un peu de frayeur aussi vient consacrer cet instant qui tranche sur les échanges programmés du monde humain.
On ne s’habitue pas à la présence des animaux. Chaque rencontre avec l’un d’eux me rappelle que l’existence relève de l’étrangeté. Je ne trouve pas normal d’être en vie, il me semble même qu’être mis au monde frise l’égarement : mieux que les Pensées de Pascal, les yeux d’un renard me défiant une nuit sur un chemin de campagne ou le tournoiement des étourneaux fêtant le crépuscule au-dessus de mes fenêtres me rappellent que nous sommes des étrangers sur Terre, que nous habitons une planète opaque où des créatures insaisissables prennent part au vivant en même temps que nous.
Lorsque nous croisons ainsi des animaux, les rencontrons-nous ? L’idée même de rencontre est-elle possible ? Comme l’écrit Jean-Christophe Bailly : « Un point de solitude est toujours atteint dans le rapport que l’on a avec les animaux. »