Pendant que j'y pense
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Le temps, qui fut suspendu par les fêtes de fin d’année, court déjà, et nous derrière lui. Chacun peut encore éprouver cette sorte de mélancolie des dimanches soir.
On voulait relire Proust, penser, courir au parc avec les enfants, écrire un roman… On a juste éprouvé un vague ennui, sans déplaisir, sans volupté non plus : « Cet ennui, ce mécontentement de soi-même, cette agitation d’une âme qui ne se repose sur rien, enfin la tristesse et cette inquiète impatience de l’inaction », diagnostiquait Sénèque dont La Tranquillité de l’âme a été récemment retraduite (par Juliette Dross) en Points Seuil. Cette question de l’ennui risque bien de nous donner… du travail ces prochains mois, en tout cas de rencontrer quelque actualité (voir la passion que déchaîne la réforme du travail dominical). Ceux qui sont tentés par la mystique liront avec profit le Shabbat, de Benjamin Gross (Éd. de L’Éclat). Bien que l’étude savante ne semble destinée qu’à la communauté juive, on pourra tirer quelques belles leçons de l’expérience du shabbat, comme « arrêt de l’œuvre, retour à l’origine » : le shabbat est le temps de la limite, cette limite dont nous évitons de plus en plus de faire l’expérience. C’est ce que Jonathan Crary analysait, de façon plus politique que métaphysique, dans son 24/7 (« 24 heures/24, 7 jours/7 », La Découverte, paru en septembre dernier), comme étant la temporalité imposée par le capitalisme au consommateur multitâches et connecté. Vous pouvez même vous inscrire sur le site Stopennui.com pour tuer le temps qui ne vous reste pas : « Je suis à l’internat du lycée devant mon ordi, il est 23 h 29 et je n’ai pas sommeil alors que quasiment tout le monde dort. Quelqu’un a une idée ? » Oui, lis donc !