Pendant que j'y pense / juillet-août 2013

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Cet article est issu du numéro 71 de Philosophie magazine « 71 - été 2013 », en kiosque le 04 juillet 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

C’est un garçon un peu fou, qui s’intéresse à ceux, aliénés, détenus, criminels, voyous, révoltés, parias, mystiques, auxquels l’histoire ne donne jamais voix. Car ce garçon est historien, c’est sa façon d’être au monde, donc d’approcher la mort pour être, comme il dit, « passeur de vie ». Alors, il va dénicher dans les archives mineures du monde des « éclats d’existence ». Cette année 2013, la récolte est belle pour lui et cette colonne ne suffirait pas à commenter les six livres qu’il a publiés en six mois. Mentionnons Vie et mort de Paul Gény (Seuil, 224 p., 19 €), un récit libre, sensible et savant (comme lui), où il enquête, habillé en soutane dans les rues de Rome, sur l’assassinat de son aïeul jésuite en 1925. Et poussons le vice en en signalant un septième, un immense tout petit texte, publié, hélas hors commerce, par l’Imec (Institut Mémoires de l’édition contemporaine) où l’historien se dépouille. Cela s’appelle justement Dépouillement, subst.masc et l’auteur y décline toutes les définitions du dictionnaire pour une méditation personnelle sur l’archive. Il y a l’abandon d’une femme qui le quitte, des cheveux qui tombent après une chimiothérapie, le dépouillement des morts, les archives qui protègent et celles qui s’effritent comme de vieilles peaux. Il y a le renoncement aux trésors de guerre, le choix de l’archive ordinaire, fragmentaire, pleine de silence. Ses personnages à lui ne sont pas de grands hommes à biographie. Ils sont comme une forêt où, parfois, l’historien se perd dans le dénuement de la mémoire. Son expérience du dénuement lui a en tout cas donné envie de revivre. Ce garçon un peu fou s’appelle Philippe Artières.