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Pierre-Henri Tavoillot : “Le foot témoigne de notre amour secret pour l’injustice”
(cc) Pixabay
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Cet article est issu du numéro 120 de Philosophie magazine « À quelle vitesse voulons-nous vivre ? », en kiosque le 31 mai 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La Coupe du monde de football se déroulera en Russie du 14 juin au 15 juillet. Pierre-Henri Tavoillot, philosophe politique et amateur de ballon rond, explique pourquoi ce sport est l’objet d’une passion universelle.
La grande nouveauté de ce Mondial est l’introduction de l’arbitrage vidéo après des années de débats. En quoi est-ce un changement profond pour ce sport ?
Pierre-Henri Tavoillot : Ce qui est intéressant, avec ce dispositif, c’est qu’il rompt en partie avec un certain flou que le foot entretenait avec les règles. Contrairement à d’autres sports, tels le rugby ou le basket, le règlement du foot a toujours comporté des zones grises, comme si l’on avait souhaité laisser du champ aux interprétations. Prenez l’exemple du temps de jeu. Dans la plupart des sports, le chronomètre s’arrête lorsque la balle sort du terrain. Au foot, on laisse filer le temps et on ajoute du temps additionnel, quitte à fâcher.
Le foot témoigne en réalité de notre amour secret pour l’injustice. On veut du tragique pour pouvoir refaire le match pendant et après le coup de sifflet final. Comme si l’on avait peur de perdre quelque chose avec la justice, sans doute parce qu’un monde parfaitement juste serait ennuyeux. Les tragédies fonctionnent aussi sur les malentendus et les sorties de piste. Il nous faut de la passion, un récit au long cours. La vidéo change la donne, même s’il reste encore de nombreuses règles pouvant générer des contestations.