Marcos Nobre: « La révolte populaire redonne sa noblesse au foot »
(cc) Jesús León / Flickr
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Cet article est issu du numéro 81 de Philosophie magazine « 81 - été 2014 », en kiosque le 03 juillet 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Au Brésil, le football est roi, paraît-il. Sauf qu’en perturbant l’organisation de la Coupe du monde, le peuple a affirmé la prééminence du politique sur le sport-spectacle. Une révolution commentée par le sociologue Marcos Nobre.
Les grèves et les manifestations avant le Mondial au Brésil signifient-elles que le football n’est plus là-bas un sport sacré ?
Marcos Nobre : En effet ! Les Brésiliens ont envoyé un message au monde : la politique est plus importante que le foot. Il y a trente ans, dans mon pays, celui qui osait avouer qu’il n’aimait pas le football se faisait traiter de fou. Au XXe siècle, les Brésiliens avaient encore une conception très unitaire, voire répressive de la culture. Aujourd’hui, c’est avec une certaine maturité citoyenne que les Brésiliens dénoncent la dénaturation du football. Le mégaspectacle qu’est le Mondial ne donne nullement le droit à la Fifa d’empiéter sur les prérogatives et les priorités d’un État souverain. Le Brésil a tout de même déboursé plusieurs milliards d’euros pour l’organisation de cet événement, au détriment d’une amélioration urgente des services publics – écoles et hôpitaux en tête. Ici, la Fifa ne peut pas se considérer en terrain conquis, comme en Russie ou au Qatar, où les voix des opposants sont muselées. D’autant que le foot est construit sur un mythe égalitaire. Ne suffit-il pas de donner un ballon à des gamins des rues pour qu’une partie commence ?