Hors-série « L'amitié »

Platon et Aristote : l’amitié des sages

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 50 de Philosophie magazine « L’amitié. Ce que nous avons de meilleur ? », en kiosque le 29 juillet 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Récit – Platon était-il l’ami d’Aristote, son disciple ? Ils partageaient certainement une forme de philia. Mais on serait bien en peine de produire un texte où l’un parle de l’autre, de la relation qu’ils entretiennent. Il n’est même pas certain qu’ils entendent la même chose par philia !

 

Les textes de Platon sur la philia sont déconcertants pour un moderne. « En amitié, le désir qui naît de l’absence rend les liaisons plus fortes et l’union plus intime, au lieu qu’un commerce assidu […] engendre un incroyable dégoût », écrit-il ainsi dans Les Lois – une phrase qui nous semble parler davantage de l’amour. Pour Platon, l’amitié relève d’abord de l’attraction, comme c’est encore le cas chez les présocratiques. L’amitié n’est pas si distincte de l’éros. Comme le note Dimitri El Murr, « il y a des différences, mais elles sont parfois très ténues. Les deux s’interpénètrent. La dynamique du désir, de l’attraction est analogue ». Parce qu’elle est attirance, l’amitié n’est pas nécessairement réciproque, et elle ne concerne d’ailleurs pas que les humains : « On peut être l’ami du vin, l’ami d’une idée, et surtout l’ami du savoir, de la sagesse – philosophos, au sens littéral », de tout ce qui constitue pour nous un bien. Logique difficile à entendre aujourd’hui : « si vous enlevez à un Grec l’utilité de l’ami, il ne reste plus beaucoup de raisons pour l’aimer ». En ce sens, nous n’aimons jamais notre ami lui-même mais ce qu’il nous apporte et que nous ne possédons pas.

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