L’exemple
Platon et le pluvier
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 46 de Philosophie magazine « 46 - février 2011 », en kiosque le 27 janvier 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Oiseau qui « mange et fiente en même temps », le pluvier sert les arguments de Socrate face à Calliclès dans le Gorgias. Grâce à ce petit volatile, Platon met au jour les contradictions et l’absurdité d’une vie guidée par les plaisirs.
Une vie de plaisirs et de satisfaction permanente du désir vaut-elle mieux qu’une existence passée à contrôler ses penchants et à réprimer ses élans ? Ainsi posée, l’issue de l’alternative semble aller de soi. Mais Socrate, partisan de la tempérance, qui affronte le jeune Calliclès en une joute célèbre, a plus d’un tour dans son sac pour lutter contre la séduction rhétorique des sophistes qui formulent les questions en des termes qui contiennent déjà les réponses. Afin de discréditer le modèle de son adversaire, il utilise une image peu banale : rechercher le plaisir par la satisfaction du manque, puis réactiver le manque pour s’offrir une jouissance supplémentaire revient à adopter le comportement du pluvier, oiseau qui mange et fiente en même temps !