Pleines formes
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Cet article est issu du numéro 34 de Philosophie magazine « 34 - novembre 2009 », en kiosque le 29 octobre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les dernières œuvres de Renoir exposées au Grand Palais en 2009-2012 ont provoqué la polémique : trop académique, trop pompier, trop bourgeois… Mais pour le critique américain Greenberg, il s’y exprime une nouvelle conception de l’espace qui préfigure l’art abstrait.
On retient de Pierre Auguste Renoir ses scènes de plein air : un kaléidoscope d’ombres bleutées et de taches de lumière y emporte tout dans sa gaie farandole, habits noirs, canotiers, feuillages et robes de mousseline. Ou bien encore ses portraits d’enfants, où des minois sucrés sourient au spectateur dans une atmosphère feutrée. La dernière période du -peintre, celle des années 1900 et 1910, est plus déroutante parce que Renoir y prend ses distances avec l’impressionnisme : il peint un grand -nombre de nus intemporels, qui font songer à Titien ou à Rubens plus qu’à Monet. C’est pourtant cette période qui a le plus influencé les peintres du XXe siècle, Matisse, Bonnard ou Picasso.
Le critique américain Clement Greenberg (1909-1994), théoricien du modernisme et défenseur de l’art abstrait, révèle, sous cet apparent retour à la tradition, le mouvement conduisant vers l’abstraction. La modernité des dernières œuvres du peintre tient, selon le critique, à une nouvelle conception de l’espace. Pour Greenberg, jusqu’à l’impressionnisme, la peinture cherche à rivaliser avec la sculpture en créant l’illusion du volume par des contrastes entre lumière et ombre, tons chauds et froids. « De Giotto à Courbet, la principale tâche du peintre a consisté à creuser sur une surface plane l’illusion d’un espace tridimensionnel », note-t-il dans ses essais critiques. Pareil effort va de pair avec une philosophie implicite de l’espace : ce dernier est conçu comme ce qui sépare et isole les objets les uns des autres.